mardi 28 février 2017

Février 1917 – A la disposition du génie


Les derniers jours de Février je fais partie d’une équipe chargée de travaux de carriers dans la région de Fismes. Nous extrayons à la mine dans des carrières des pierres pour l’installation d’un grand hôpital, prévu dans ce coin. Nous n’y restons pas longtemps. Jusqu’au 25 Mars nous sillonnerons en tous sens la région située dans le triangle Villers-Cotterêts, Château-Thierry et Fismes.   

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie, La guerre)

Source : JMO du 132ème R.I. - 28 février 1917

lundi 27 février 2017

Mont-sur-Courville, 27 février 1917 – Jean à sa mère

Source : JMO du 132ème R.I. - 27 février 1917
27/2/1917
            Maman chérie 

            Je t’abandonne honteusement depuis trois jours. Pardonne-moi. Vie très absorbante. Nous voici installés dans ce petit pays où nous sommes mieux que je croyais d’abord, malgré la quantité de troupes. Nous faisons un travail de carriers assez interessant.
Tendresses, tendresses 

Jean

Sète, 27 février 1917 – Mathilde à son fils

Villa de Suède ce 27 février 1917
            Mon fils aimé 

            Es-tu arrivé à destination ? et qu’y fais-tu ? Je n’ai plus eu de nouvelles depuis celles de Dimanche et pendant tes pérégrinations, nous continuons à vivre paisiblement. Nous du moins, sinon Hugo. Oncle Axel [Busck] est arrivé ici Dimanche soir ; il est descendu à l’hôtel et prend avec nous seulement les repas de midi. Il est venu prêter main forte à Hugo qui est sur les dents. Comme je l’accompagnais à la porte tout-à-l’heure, il m’a avoué que Hugo faisait son admiration, qu’il était organisé d’une façon merveilleuse. Je m’incline devant lui a-t-il ajouté, il est plus fort que moi. Si cela l’incitait à lui faire une belle situation, stable. Des cadeaux, c’est bien, mais du sur, régulier serait mieux encore.
            Na a mal aux yeux. L’irritation s’étant accentuée aujourd’hui, Suzie prend peur et part chercher le docteur c’est prquoi je me hâte afin de lui donner mon message. Alice est partie hier pr Montagnac ; elle trainait depuis des semaines et a voulu un repos complet. Cela tombe toujours mal car nous allons bien pouvoir déménager. La petite bonne fait merveille, néanmoins des tas de choses nous incombent. Suzie très occupée comme infirmière à panser matin et soir son mari, Mr Pont et maintenant Elna.
            En tirant l’aiguille, je songe sans trêve au fils chéri que j’aime au-delà de ce qui est humain et que je prie Dieu de garder de tout mal, de conserver à ma tendresse.
            Je t’embrasse du plus profond de mon cœur. 

Math P Médard

dimanche 26 février 2017

26 février 1917 - Changement de cantonnement (Mont-sur-Courville)

Source : JMO du 132ème R.I. - 26 février 1917

samedi 25 février 2017

25 février 1917 - Changement de cantonnement (Beugneux)

Source : JMO du 132ème R.I. - 25 février 1917

vendredi 24 février 2017

24 février 1917 – Changement de cantonnement (Ancienville)

Source : JMO du 132ème R.I. - 24 février 1917

jeudi 23 février 2017

23 février 1917 - Changement de cantonnement (Neufchelles)

Source : JMO du 132ème R.I. - 23 février 1917

mercredi 22 février 2017

Février 1917 – Continuation de l'instruction


Pendant cette période de temps sec et froid nous faisons beaucoup d’exercices et préparons l’offensive de printemps dont on commence à parler.

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie, La guerre)

Source : JMO du 132ème R.I.


mardi 21 février 2017

Barcy, 21 février 1917 – Jean à sa mère

21/2/1917
            Maman chérie 

            Merci de tes lettres de 17, 18, 19.
            Il m’est absolument impossible de te dire les jours où je t’ai écrit et les jours où je ne t’ai pas écrit pour que tu saches si mes lettres ne se perdent pas. Je ne me rappelle pas. Je sais seulement que je ne t’écris pas absolument tous les jours.
            La compagnie quitte ce pays ci demain pour aller faire des travaux plus près du front – rassure-toi, pas à portée des marmites. Je ne sais pas combien de temps ça va durer. Il n’est pas impossible qu’on revienne ici. Le colonel [Théron] y reste avec quelques élements du regiment. Moi, je reste jusqu’à Samedi. Je partirai alors en chemin de fer, et je devancerai de 24 heures les compagnies, qui elles doivent faire les étapes à pied.
            Il ne fait plus froid du tout ; pluie et boue.
            Mardi soir nous avons fait des crêpes à la ferme. Ce fut très gai. Je n’ai pas du tout le coup de main. Je viens de lire un livre qui m’a beaucoup impressionné, le Feu d’A. Barbusse. Un changement de secteur, je croyais de t’avoir dit, est un simple changement de numéro. Je suis toujours dans la division d’Hervé [Leenhardt]. Merci de vos vœux pour ma fête. Ne t’excuse pas de n’y avoir pas songé + tôt. Si ceux mesuraient [sic] mon affection à mes temoignages pour leurs fêtes ils auraient une bien fausse idée de cette affection Surtout ne m’envoie rien, je n’ai besoin de rien. Tante Fanny m’a envoyé des friandises.
Mille tendresses 

Jean

lundi 20 février 2017

Barcy, 20 février 1917 – Jean à sa mère

20/2/1917
            Maman chérie 

            La pluie s’est mis serieusement de la partie. J’avoue que nous la benissons car elle nous donne une après-midi de vrai repos. J’avais une théorie morale à faire aux hommes, je leur ai lu à la place un joli conte de guerre qu’ils ont écouté religieusement. Ce soir nous allons fêter le Mardi Gras en mangeant des crêpes. On va en faire à la ferme.
Mille tendresses. 

Jean

dimanche 19 février 2017

Barcy, 19 février 1917 – Jean à sa mère

19/2/1917
            Maman chérie 

            Hier je t’ai écrit très rapidement, aujourd’hui je viens te raconter les details que tu desires tant.
            Ma visite à Hervé [Leenhardt] : ça m’a fait faire une petite promenade à cheval sur Abdel-Kader, qui a été très sage comme il convient. J’ai trouvé Hervé bien installé ds une très jolie maison. J’ai été très heureux de le revoir, sachant surtout qu’il t’avait vu peu de jours avant. Mais, c’est drôle, pour aussi gentil qu’il soit, et reussi, je ne me sens pas en harmonie avec lui comme avec tant d’autres, les Fédérés surtout, comme avec le petit Chazel par exemple que j’avais vu l’avant-veille et que je connais si peu pourtant.
            Au retour, à la popote, j’ai trouvé la table toute fleurie. C’était une aimable attention du capitaine [René Candillon] et de G. [K.G. anonymisé par l’auteur du blog] pour la veille de ma fête. Le menu aussi était soigné. G. fait des progrès. Le capitaine a su le prendre.
            Hier j’ai fait grasse matinée. J’ai lu des livres que je me suis fait envoyé par Mlle [Léo] Viguier.
            L’après-midi, je l’ai passé à la fête sportive. Hervé [Leenhardt] que j’attendais n’est pas venu. Les joueurs de foot-ball, les coureurs, les sauteurs, les cycleurs s’en sont donné à cœur joie, et le colonel, qui fait bien les choses, avait offert aux gagnants de jolis prix.
            T’ai-je dit que c’est par Hervé que j’ai appris la mort d’Auguste [Lichtenstein]. Je n’étais pas lié avec lui comme avec Jean [Lichtenstein, frère d’Auguste] ; mais à cause de Jean surtout, ça m’a fait une grande peine. Quel avenir sombre.
            Adieu, Maman chérie, très tendrement à toi. 

Jean

samedi 18 février 2017

Barcy, 18 février 1917 – Jean à sa mère

18/2/1917
            Maman chérie 

Source : collections BDIC
            Mon anniversaire s’est placidement passé dans mon petit village. Avant-hier j’ai eu la deception de savoir que Chazel quittait le voisinage. Il m’a écrit une lettre exquise pour me dire son regret. Et ma foi je le regretterais aussi. Hier matin, les hommes ayant douche, j’avais ma matinée à moi. Je suis monté à cheval, et suis parti à la recherche de Hervé [Leenhardt][1], que j’ai trouvé facilement. C’est lui qui m’a appris la mort d’Auguste Lichtenstein[2]. Nous nous sommes donné rendez-vous pour aujourd’hui ici. Mais aujourd’hui, je l’ai attendu en vain. Je ne sais pas ce qui l’a retenu.
            L’après-midi a été absorbé par une fête sportive du regiment. Pour la partie de foot-ball la 5e a été à l’honneur.
C'est Jean, en légendant sa photo sur le verso, qui indique "1917 ou 1918". Mais les lettres de 1918 où il mentionne des parties de
foot ont toutes été écrites au printemps ou en été, j'ai donc choisi de placer cette photo ici, les arbres dénudés indiquant une photo
prise en hiver. 
            Il est tard. Je te quitte parceque je veux que ce mot t’arrive aujourd’hui.
Tendrement à toi
 
Jean

[1] Hervé Leenhardt (1894-1968) et Jean étaient cousins issus de germains (la grand-mère maternelle de Jean, Caroline Leenhardt ép. Benoît étant la sœur de Jules Leenhardt, le grand-père paternel d’Hervé). Hervé et Jean se verront fréquemment jusqu’à la fin de la guerre, tous deux étant dans la même division, et servant même ensemble à l’état-major pendant quelques mois.
[2] Frère de Jean Lichtenstein, un ami de Jean. Il ne figure pas sur les fiches de Mémoire des hommes. Peut-être, comme son frère, était-il tuberculeux. 

jeudi 16 février 2017

Barcy, 16 février 1917 – Jean à sa mère

16/2/1917
            Maman chérie 

            Merci de ta lettre du 11. Tu sais avec quelle joie je reçois tes lettres, mais il ne faut pas t’inquiéter quand tu ne peux pas m’écrire chaque jour. Je le comprends trop bien. Le temps s’est sérieusement radouci ; il est devenu gris. Pourquoi te fais-tu tant de soucis inutiles ? Je suis suffisement couvert, soit le jour, soit la nuit. Je ne mets même pas toutes mes couvertures ou tous mes vetements. J’ai une très bonne chambre ds laquelle je puis faire du feu. Malheureusement je ne puis y passer que peu d’instants. Hier grandes manœuvres.
Tendresses 

Jean

mardi 14 février 2017

Barcy, 14 février 1917 – Jean à sa mère

14/2/1917
            Maman chérie 

            Je suis un peu abrutti par le grand air ce soir. J’aurais passé la soirée sans t’écrire, mais le capitaine [René Candillon] insiste pour que je t’écrive pendant qu’il écrit à sa femme. Il couche aussi à la ferme nous sommes à la popote et nous redescendrons ensemble. Ce soir j’ai eu une bonne fin de journée. Je savais que un des lycéens de la Fédération était ds un village voisin, dans un bataillon d’instruction de la classe 17. J’ai pu m’arrêter ds ce village au retour de l’exercice, j’ai trouvé Chazel (c’est le nom du type en question). Nous avons été bien contents de nous retrouver et nous nous sommes promis de recommencer. Il m’a raccompagné un bon morceau de route au coucher du soleil. Il souffre de l’isolement, de la vie très terne d’instruction. Nous nous sommes donné rendez-vous pour Dimanche.
            Au retour j’ai trouvé ta bonne lettre du 10. Bien heureux que le ciel du Midi soit plus clement Ici aussi le degel commence. J’espère bien voir Hervé [Leenhardt] un de ces jours puisqu’il est sur le point de revenir à la 56e D.
            Reçu par le même courrier une bonne lettre de [Daniel] Loux qui a un mètre de neige et une température de – 25 sur ses montagnes
            Je te quitte pour aller me coucher.
Tendrement à toi 

J Médard

lundi 13 février 2017

Barcy, 13 février 1917 – Jean à sa mère

13/2/1917
            Maman chérie 

            Rien de nouveau ici ni de saillant. Il faut beaucoup moins froid. Au milieu de la journée, il dégèle même et le soleil est toujours là.
            Ce matin j’ai joué au foot-ball avec mes poilus. Le capitaine [René] Candillon est rentré de permission. Ouvier part. La sienne a été avancée à cause de la mort de son beau-frère.
            Je te signale mon changement de secteur (176), je ne crois pas qu’il corresponde à quelque changement d’unité.
Tendrement à toi 

Jean

dimanche 12 février 2017

Barcy, 12 février 1917 – Jean à sa mère

2/2/1917
            Maman chérie 

            Je reponds à la hate à tes bonnes lettres des 6 et 7. Cette distance entre la popote et ma chambre me fait perdre un temps énorme. Hier j’ai recommencé le programme de Dimanche dernier. Je suis parti samedi soir avec le commandant [Rivals]. Itinéraire très court, mais voyage très long. Couché à l’hôtel. Entendu [Charles] Wagner à l’Oratoire. Dejeuner avec Mlle [Léo] Viguier. Course à la Fac où je n’ai trouvé personne, et à l’hopital de Combemale, où je ne l’ai pas trouvé. Il vient de partir pour le Midi ; il faudra le réopérer.
            Soirée rue Vaugirard, où j’ai retrouvé comme de juste des tas de types de connaissance, et sympatiques. Diner chez Mlle [Léo] Viguier et retour avec le commandant [Rivals] que j’ai retrouvé à la gare et qui m’a présenté sa femme. Voilà le caneva de la journée.
            Je suis attristé de sentir Suzie toujours patraque. Elle paye bien sa maternité Enfin ! toutes ces misères sont oubliées quand il y a « un homme de plus ds le monde ». Merci beaucoup pour la photo.
Tendresses 

Jean

samedi 11 février 2017

Sète, 11 février 1917 – Mathilde à son fils

Villa de Suède ce 11 février 1917
            Mon bien aimé 

            J’ai eu enfin ce matin ta bonne lettre du 5. Je l’ai attendue quatre jours mais elle est bien intéressante A mon tour de te faire attendre ; cela ns arrive quelques fois maintenant. Je me suis réservé la soirée la soirée pour t’écrire et voilà que ces Messieurs ayant eu à aller à la gare pr accompagner Hugo sont partis avant que je l’ai fait, tu m’en vois toute navrée. Que faire ?
            Après déjeuner la smala est sortie pr se promener et promener Elna qui était fière tu peux le dire ! et je suis vite partie de mon côté voir Mme Auriol que je néglige abominablement. Il y avait là Alida et Berthe[1], elles m’ont retenue plus que de raison. Je suis remonté à six heures. On jouait aux cartes, la garde d’Elna m’a été dévolue, je l’ai couché, ainsi je n’ai pu prendre la plume plus tôt.
            Le temps s’est considérablement radouci. S’il en pouvait être ainsi là-bas ! Ns ns plaignions lorsque ns avons – 5. Comment pouvez-vous supporter une température de – 16 et encore aux tranchées ce doit être bien plus dur. Je comprends que ton ballon ait du succès ; tu es bien brave de gâter un peu tes pauvres poilus.
            Tous ces changements de place ne me disent rien qui vaille et toi qu’en penses-tu ? As-tu pu retourner à Paris aujourd’hui et n’est-ce pas en fraude ?
            Je t’assure que ns ns sommes réjouis des nouvelles de l’autre côté de l’Atlantique ! Le geste s’arrêterait-il là, c’est bien tout de même. Mais il serait précieux que les préparatifs prennent corps et j’ai bien le sentiment que tout cela est le commencement de la fin ! Mais encore que de tourments et de larmes ! de la prudence mon bien aimé, par amour pour ta mère ! si la prudence t’est chose possible je te supplie.
Nous avons eu ce matin une assez bonne prédication de Mr [Jules] Brun, il a terminé en exhortant les civils à la patience, à l’endurance. Il est parti contre ceux qui gémissent et se lamentent sur les petits sacrifices qui commencent à être imposés. Qu’est ce donc en effet en regard des souffrances et des privations de ceux qui ns défendent ? et eux le supportent stoïquement. Pourvu que les civils tiennent a-t-il dit avec un tel inconnu à [mot illisible] les poilus tiendront toujours.
Tu n’es sûrement pas assez couvert mon enfant chéri et cette pensée me hante la nuit et le jour et dans ta ferme as-tu eu un lit et des couvertures ? de cela tu ne dis rien.
Je t’envoie à travers la distance tout mon amour qui est grand. 

Ta maman

[1] Alida Auriol ép. Duclaux (1872-1964) et Berthe Auriol ép. Almairac (1879-1979), étaient les filles de « Mme Auriol » née Louise Winberg (1841-1929), veuve de Léon Auriol (1837-1903). Toutes trois membres de la paroisse protestante de Sète et amies de Mathilde.

jeudi 9 février 2017

Barcy, 9 février 1917 – Jean à sa mère

9/2/1917
            Maman chérie
 
            Hier je t’ai envoyé une lettre que j’ai oublié de faire partir. Je puis te repeter aujourd’hui ce que je te disais hier, car nos journées se ressemble. Le matin au saut du lit je pars pour l’exercice. Au retour de l’exercice, après le rapport nous montons au village où cantonne le reste du bataillon, où Millière et G. [K.G. anonymisé par l’auteur du blog] ont leur chambre et où nous faisons popote.
            Puis on retourne à la ferme, puis sur notre plateau glacé. On y retrouve le reste du bataillon ou même du regiment et on rentre au coucher du soleil avec la peau cuite par ce vent froid, et les membres engourdis. C’est alors que je t’écris ds ma chambre. Ma chambre est très bien surtout depuis que je puis y allumer du feu. Elle est ds la ferme où cantonne la compagnie. Une grande ferme modèle où ns voisinons avec des prisonniers boches qui font de la « kulture ».
            J’ai reçu tes bonnes lettres des 3 et 4. J’espère que votre état sanitaire s’est amélioré depuis cette date. Les petits accrocs dont tu parles n’ont d’ailleurs rien d’alarmant.
            Si la photo dont tu parles est si bien que ça on pourrait en faire faire une demie douzaine de plus et en donner aux oncles et tantes. Comme tu voudras.
            Comme toi je me suis rejoui beaucoup de la rupture diplomatique entre Amérique et Allemagne ; même si les choses en restaient là, et je ne le crois pas, ce serait incalculable de conséquence et ça abregerait certainement la guerre. Et puis enfin on voit de la diplomatie propre ; un pays se décider simplement pour une question de dignité et de conscience.
            Adieu, Maman chérie, tendrement à vous.
 
Jean

mardi 7 février 2017

Barcy, 7 février 1917 – Jean à sa mère

7/2/1917
            Maman chérie 

            Rien de neuf. Beaucoup d’exercice, beaucoup de manœuvres. Froid toujours très vif, mais ciel très bleu. J’ai une bonne petite chambre dans la ferme où sont logés mes hommes.
            Je n’ai rien de toi depuis 3 jours, mais je pense que c’est un simple retard de poste.
            Je vous embrasse tendrement.

Jean

lundi 6 février 2017

Début février 1917 – Une chambre chez l’habitant


C’est dans la région où nous arrivons que sont intervenues les troupes de Gallieni au moment de la bataille de la Marne. D’innombrables tombes restent là, témoins de ces combats. Les villages sont en partie démolis et les cantonnements médiocres. Je n’ai pas de chambre. Or avoir une chambre n’est pas seulement le privilège de coucher dans un lit, c’est la possibilité de s’isoler, de lire ou d’écrire. Pourtant je ne reste pas longtemps à partager avec mes poilus la grange de la ferme modèle où nous sommes cantonnés. La fille des fermiers au bout de deux ou trois jours me cède sa chambre en m’affirmant qu’elle a pu s’installer confortablement près de ses parents. Un magnifique feu de bois m’attend même dans cette chambre. La gentille attention de cette jeune fille est naturellement l’occasion de plaisanteries sans fin de la part de mes camarades.  

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie, La guerre)

dimanche 5 février 2017

Barcy, 5 février 1917 – Jean à sa mère

5/2/1917
            Maman chérie 

            Avant-hier nous avons quitté de bon matin la jolie petite ville [La Ferté-sous-Jouarre] où nous avons fait étape. C’est peut-être le jour le plus froid que nous ayons eu. Il faisait – 16. Nous avons marché ferme ce qui est le meilleur système pour resister aux temperatures les plus rigoureuses.
            Au coucher du soleil nous arrivions à notre cantonnement actuel.
            Autour on s’est battu ferme au moment de la bataille de la Marne. Le plateau est un immense et impressionnant cimetière. Le village est très abimé. Et tout ça à 45 kil de Paris.
            Tu penses quelle bonne journée j’ai passé hier. Le programme habituel ; j’ai vu Léo Viguier, Lily [Emilie] Kellermann, Suzanne de Dietrich, J-B Couve, Ch. [Charles] Westphal, etc, etc.
            La 5e Cie est detachée ds une grande ferme voisine du village, nous n’y sommes pas mal. Il fait toujours très froid. 
            Les poilus sont très contents du ballon de foot-ball dont je leur ai fait cadeau, et s’amusent tout le jour avec.
            Je viens de recevoir tes lettres des 31 et 1er. Je vois que ce n’est pas seulement ds l’Est qu’on est obligé de souffler ds ses doigts.
            J’espère que vous êtes moins patraques à la maison les uns et les autres.
            Suzon fait de drôles de rêves.
            Il ne faut pas t’énerver si S. [Suzanne] Egg ne voit peril et souffrances que là où est passé son mari. C’est tellement humain et la pauvre femme est tellement malheureuse qu’on peut bien lui pardonner ça.
            Que dites-vous des bonnes nouvelles de l’autre côté de l’Atlantique. Hier soir en rentrant vite sous la lune froide j’en avais chaud au cœur.
Tendresses 

Jean

samedi 4 février 2017

Paris, 4 février 1917 – Jean à sa mère

4/2/1917
            Maman chérie 

            Je suis à Paris. Depuis hier nous cantonnons à 45 kil. de la capitale à Barcy, au Nord de Meaux, un sale patelin d’ailleurs.
            Mais je ne pense qu’à la joie d’être ici pour le moment.
            Je t’embrasse tendrement. Bonnes amitiés de Mlle [Léo] Viguier. 

Jean

Sète, 4 février 1917 – Mathilde à son fils

Villa de Suède le 4 février 1917
            Mon chéri 

            Ce matin j’ai eu la surprise de recevoir ta carte du 29. Mais je n’y comprends rien car ta dernière lettre que j’ai reçue avec celle du 27 le 1er était aussi datée du 29. N’importe, tu me donnes de bonnes nouvelles et je suis heureuse de te sentir à peu près remis.
            Le temps en chambre a du te paraître long, dans une solitude que tu as certainement mise à profit. Pr moi, cela est du repos au lit, donc à la chaleur et j’aime bien mieux cela que de te sentir exposé à ce froid extraordinaire. Ici cela devient une véritable souffrance, et pour vous donc ! voilà pour moi la souffrance c’est de la sentir si terrible pr vous tous !
            J’ai attendu ce soir un peu de tranquillité pr t’écrire. J’en ai moins que dans la journée. Suzie a été très fatiguée pendant le repas, un peu par l’odeur du tabac de ces messieurs, elle est allée se coucher après avoir restitué son repas[1] et je suis entrain de lui préparer une infusion chaude et un cataplasme.  Que ne puis-je en faire autant pour toi. Pendant que je termine hativement ces lignes, ces messieurs commentent la nouvelle que Mr Sabatier est venu en personne annoncer à Hugo cette après-midi la rupture des relations diplomatiques entre les Etats Unis et l’Allemagne. C’est une grande chose grosse de conséquences. Ah ! si cela allait jusqu’à la guerre ouverte entre ces deux puissances, rapprochant la fin avec la victoire ! Je n’ose plus me réjouir de rien.
            A demain un plus long bavardage. Mr [Paul] Corteel attend ma lettre et Suzie son cataplasme.
            je t’embrasse de tout mon cœur. 

Ta mère qui t’aime bien

[1] Suzanne était alors au début de sa seconde grossesse, qui devait aboutir à la naissance, le 30 août  1917, de son fils Pierre Ekelund.

vendredi 3 février 2017

Début février 1917 – Nouveau cantonnement


Le froid nous poursuit lorsque nous nous remettons en marche par étapes pour aboutir à Barcy, au nord de Meaux. Noël, un de mes sergents, avec ses longues moustaches givrées et sa corpulence me fait penser à un mammouth. 

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie, La guerre)


Source : JMO du 132èmeème R.I. du 3 février 1917

jeudi 2 février 2017

La Ferté sous Jouarre, 2 février 1917 – Jean à sa mère

2/2/1917
            Maman chérie 

            Etape ds une charmante petite ville, où ns sommes admirablement cantonnés. Nous repartons demain matin.
Tendrement à toi 

Jean 

La Ferté sous Jouarre [écrit de la main de Jean, mais d’une autre encre, sans doute bien plus tard.]
Source : JMO du 132ème R.I. - 2 février 1917

mercredi 1 février 2017

Le Pont, Saulchery (Aisne), 1er février 1917 – Jean à sa mère

1/2/17
            Maman chérie 

            Ta lettre du 28 arrive. Tu me demandes ma citation, là voilà puisque ça te fait tant plaisir.
Source : fiche matricule de Jean Médard
            « Officier calme et energique. A eu une attitude au-dessus de tout éloge sous les plus violents bombardements. A contribué par son exemple à conserver intact le moral de sa section pendant la période des combats du 25 septembre au 15 octobre 1916. »
            Tu aurais bien tord d’en tirer vanité pour moi. Les citations se donnent actuellement au premier venu et pour rien du tout.
            Je suis donc tout à fait guéri et ai repris mon service. Nous allons encore changer de patelin vers l’Ouest, un petit déplacement.
            Ce matin nous avons été réjouis le commandant[1] et moi par la binette de Jean Monnier qui s’étalait sur le Matin[2].
Source : Gallica

            Hier nous avons fait une manœuvre de bataillon sur le plateau. La neige était très épaisse.
            G. [K.G. anonymisé par l’auteur du blog] nous a envoyer du bois très sec et je puis enfin faire du vrai feu ds ma chambre, un feu d’enfer.
            J’ai reçu une excellente lettre de [Charles] Grauss. J’ai fait cadeau à mes poilus d’une superbe balle de foot-ball pour rendre plus attrayante les poses de gymnastique.
            Le capitaine [René Candillon] est parti hier en permission. Il était fou de joie à l’idée de retrouver sa femme et sa petite fille[3].
            Je lis beaucoup le Nouveau Testament en anglais et ça m’aide beaucoup à me familiariser avec la langue.
Tendresses, tendresses 

Jean

[1] Rappel : le commandant Rivals était un neveu par alliance de Jean Monnier. Je ne sais malheureusement pas de laquelle des trois sœurs de Jean et d’Henri Monnier madame Rivals était la fille.
[2] Jean Monnier venait d’être libéré de la zone occupée par les Allemands, et il témoigne de son expérience dans le quotidien Le Matin du 1er février 1917. Pour lire l’article : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k571898k/f1.item
[3] Je serais reconnaissante pour toute information sur l’identité de la femme ou de la fille du capitaine René Candillon.

Sète, 1er février 1917 – Mathilde à Jean

Villa de Suède le 1er Février 1917
            Mon bien aimé 

            Un peu difficilement je vais être à toi ce soir. [Mot illisible] Mr [Paul] Corteel cause avec Suzie, il est venu rompre notre tête à tête, Hugo dînant en ville avec son ami Suédois et leur conversation me gêne.
            Ns n’avons pu recevoir l’ami d’Hugo ns commençons à manquer un peu de tout. Mais tout ne vient pas de la guerre. Il gèle à pierre fendre, l’eau du compteur de gaz est gelée, donc pas de gaz, pas d’eau non plus, les tuyaux sont gelés ; un chauffage difficile, il faut avoir du galon pr avoir le charbon nécessaire. Aussi sommes-nous dans le noir physiquement et moralement.
            Cet échange maigre ns parait triste, il fait froid, Na a froid et se lamente misérablement. Nous sommes assez misérables tristes et nous avons tort car ns pourrions être directement malheureux.
            J’ai été rassérénée ce soir en recevant tes deux lettres des 27 et 29. Je sens que tu me dis bien la vérité en m’assurant que tu n’as pas de fièvre, mais enfin tu es encore au lit assez souffrant et tout en me réjouissant que tu sois [mot illisible] par ce froid je m’inquiète un peu et je rêve de ces moments que je pourrais passer à ton chevet à me donner la joie et la douceur de te soigner. As-tu de la lecture ? et n’as-tu pas le désir de quelque friandise, quelque douceur que j’enverrais bien un peu tardivement mais enfin !!
            J’ai été bien intéressée par la nouvelle des fiançailles de [Robert] Pont. Quelle est donc cette histoire et cette jeune fille ? de quel Doumergue est-elle la fille et qu’est ce qui la seduite ? Je suis étonnée que Mme Pont ne m’ait pas communiqué est il exposé ce brave Robert.
            Ns sommes sorties un moment ce soir pr aller choisir des tapisseries. J’espère que celle de ta chambre te plaira ; puis ns sommes vite remontées pour retrouver Na qui n’est toujours pas très bien et fort inquiète ; elle veut sans cesse être portée et sa mère et moi sommes souvent lasses. Suzie est du reste fort dolente, vite fatiguée et très grippée.
            Hugo rentre et ns raconte ce que les Allemands annoncent aux neutres ; ils vont avec leurs sous marins faire le blocus autour de notre pays et de l’Angleterre, qu’allons-nous voir encore mon cher enfant et qu’allons-nous devenir ? C’est atrocement angoissant. Je désire le printemps et j’ai peur de le voir venir.
            J’ai encore des nouvelles actions de graces à rendre à notre Père. J’ai failli hier être brûlée vive en voulant faire du feu de bois dans la chambre d’Alice. Je ne savais pas que la cheminée était bouchée par un sac de paille, la flamme a été refoulée, mes cheveux, mes cils, sourcils ont été brûlées, j’ai cru aussi que la cheminée était en feu.
            Heureusement Hugo venait de rentrer ; affolé d’être sans eau, il a pu néanmoins se rendre maître du feu. Vraiment je ne sais pas ce que j’écris et je dois terminer mon bavardage en t’embrassant mon bien aimé avec ma plus vive tendresse. Que Dieu te guérisse et te garde.
            Avec toi de toute ma pensée. 

Ta mère
Math P Médard 

            Toujours pas reçu tes photos, c’est fort.
            J’ai écrit à [Daniel] Loux