dimanche 28 mai 2017

Vasseny (Aisne), 28 mai 1917 – Jean à sa mère

28/5/1917
            Maman chérie 

            Nous avons quitté hier soir le village dont je t’avais parlé avec enthousiasme sans y avoir même passé 48 heures ; on nous promène encore un peu avant le repos definitif. J’avais trouvé un lit et même des draps. Je les ai perdus, mais ça ne fait rien ; on nous promet un pays de cocagne. Hier j’ai pu avoir un petit culte avec quelques protestants du regiment. C’est plus facile maintenant que l’hiver, nous avons la campagne comme temple. Il y a là des types vraiment gentils et serieux. A midi j’ai dejeuné avec le commandant Guilhaumon qui m’avait invité. L’après-midi demenagement sous la grande
      La légende écrite par Jean au dos de la photo indique « Deconinck,
Médard, Le Gal – 1918 ».  Mais le détail précis de la description « avec
un appareil à la main » montre qu’il s’agit bien de la photo dont parle
Jean dans cette lettre, et qu’elle date donc du début de 1917, sûrement
de la fin de l’hiver étant donné les arbres encore dénudés.
chaleur. Notre popote de bataillon compte beaucoup de membres, et est très gaie. Ce bataillon a aussi perdu beaucoup d’officiers, mais il a gardé son chef de bataillon et n’est pas devenu de la poussière, comme le pauvre deuxième. Beaucoup de nouveaux compagnons que je te presenterai au fur et à mesure. Nous ne sommes pas loin de l’hopital de [Roger de] La Morinerie et du colonel Théron. Cette après midi nous esperons aller les voir en auto ou à cheval. Ma nouvelle section a l’air très bien ; mais je ne veux pas m’y attacher puisque je suis appelé à la quitter.
            Le serveur vient mettre la table. Je vide les lieux. Je t’embrasse tendrement. 

Jean 

            Ci-joint une photo amusante, prise il y a quelque temps déjà et qui te fera plaisir : Deconinck, l’off. pionnier avec un appareil à la main, Le Gall l’officier téléphoniste et moi.
Source : JMO du 132ème R.I. - 28  mai 1917
 

samedi 27 mai 2017

27 mai 1917 – Changement de cantonnements, Vasseny

Source : JMO du 132ème R.I. - 27 mai 1917
Source : collections BDIC

Sète, 27 mai 1917 – Mathilde à son fils

Cette le 27/5 1917
            Mon fils, mon fils chéri 

            La grande maison est plus silencieuse que jamais ; et rien ne vient me distraire de mes pensées toutes à toi car Na dort les deux poings fermés… C’est une longue journée de Pentecôte bien solitaire et j’aurai besoin de recevoir un message de toi que je n’ai pas eu hier… J’aurais bien cru que tante Anna viendrait s’informer de nous peut être le fera t elle ce soir !
Que fais-tu aujourd’hui. Ce repos n’est il pas enfin chose acquise ? Comme je le souhaite mon bien aimé et comme la solitude me serait légère si je le savais.
Je ne sais trop où j’irai promener ma petite ce soir, chez les Pont sans doute, car errer par la ville ne me tente guère. Le jardin manque bien parfois.
J’ai été ce matin entendre [le pasteur Jules] Brun qui recevait [?]. Son fils était du nombre des catéchumènes et je ne m’en suis doutée qu’aujourd’hui. N’est-ce pas impardonnable ? Son texte était Parle parle Seigneur ton serviteur écoute – pas mal.
            Hier j’ai trouvé sur la plage du diable Suzanne Monnier, ses enfants ; Yvonne Benoît [née Bouscaren]. Il y faisait une brise délicieuse Na a fait les frais, elle a distribué des discours à chacun. L’horizon était sillonné pas nos pauvres navires marchands il y en avait sept ou huit qui marchaient en escadre. On a pris maintenant la détermination de les faire aller par troupe et je crois que c’est mieux ainsi. La mer était si paisible, comment imaginer qu’elle cache tant de traitrise, tant de drames douloureux !
            Ma lettre a été [mot illisible] interrompu hier par le réveil de Na, intempestif. Elle appelait j’ai couru, elle tremblait sur son lit comme une feuille de tremble. Je n’ai pas ajouté d’importance et l’ai habillée pour sortir. En arrivant chez les Pont j’ai reconnu qu’elle était malade. Brûlante elle ne quittait pas mes genoux ; je l’ai néanmoins tenue au jardin. En revenant à sept heures, elle est demeurée inerte sur mes genoux et j’ai constaté 39,8 de fièvre. Tu conçois mes alarmes. J’ai fait appeler le docteur en toute hâte ; sur ces entrefaites tante Anna est enfin venue avec ses filles. J’étais très inquiète. Le docteur m’a rassurée ne constatant rien d’alarmant, un simple refroidissement sans doute. La nuit a été mauvaise mais elle joue ce matin dans la maison tout en étant exigeante pour Mourmures [?].
            J’étais si heureuse hier soir, d’avoir de tes nouvelles et des bonnes. Peut être es-tu enfin à cette heure au repos. Tu peux te dire que tu es dans les huiles grasses ! Comment as-tu été si vite connu et apprécié de tes nouveaux chefs il faut dire que le général est le même. Je suis bien heureuse de cela. C’est aussi encourageant pour toi.
            Je te laisse pour m’occuper de Na. La voici qui accourt sur mes genoux, plus rien à faire.
            Je te serre étroitement sur mon cœur.

Ta maman

 

vendredi 26 mai 2017

Jury, 26 mai 1917 – Jean à sa mère

26/5/1917
            Maman chérie 

            Nous voici installés plus loin encore du front. Nous entendons à peine le canon. Le village quoique très proche des anciennes lignes a très peu souffert et comme la plupart des villages de la region – qui devait être delicieuse en temps en temps de paix – c’est un nid de verdure et de fraicheur. Ça n’empêche pas les heures chaudes de la journée d’être chaudes car maintenant c’est carrement la chaleur. J’ai quitté ce matin la popote du colonel pour celle du 3ème bataillon où j’ai été acceuilli très amicalement. Le Cdt de Cie, de Benedetti est un corse, gentil mais assez insignifiant. Mais nous faisons popote avec tout le bataillon et c’est une popote très sympatique présidée par le commandant Jules, un vieux colonial.
            Je vais probablement me promener d’une compagnie à une autre, ce qui est un rôle pas très interessant, mais, comme je garderai probablement mon role d’officier de liaison chaque fois qu’on sera en secteur, on trouve inutile de me redonner ma section qui passerai en de nouvelles mains au moment de remonter au feu, ce qui serait une mauvaise chose. J’ai le cœur gros d’abandonner mes poilus, mais je n’ai pas insisté pour retourner à la 5ème. Le capitaine Fauveau n’y a pas reussi, et mon role y serait assez difficile. Pauvre 5ème !
            Je te quitte, Maman chérie, et t’embrasse bien affectueusement. 

J. Médard

Source : JMO du 132ème R.I. - 26 mai 1917

jeudi 25 mai 2017

25 mai 1917 – Changement de cantonnement


Source : JMO du 132ème R.I. - 25 mai 1917

mercredi 24 mai 2017

Chassemy (Aisne), 24 mai 1917 – Jean à sa mère

24/5/1917
            Maman chérie 

            Enfin nous voilà relevés, et, semble-t-il, au repos pour un bon bout de temps. Nous attendions cette relève avec impatience car le regiment est très fatigué. Cette dernière periode a bien été ce que disent les communiqués : une periode de coup de mains. Les boches ne se consolent pas d’avoir perdu le chemin des Dames et surtout de coup de mains pour en reprendre les morceaux, d’où marmitage, mitraillades, fatigues et malheureusement pertes.
            Nous avons poussé un soupir de soulagement hier quand nous nous sommes trouvés à distance raisonnable des boches. Le village où nous cantonnons très proche des anciennes premières lignes, a été passablement abimé, mais il reste encore des toits, des murs, des lits et même des civils. Il est noyé dans la verdure. En sommes sejour très reposant. Je crois que nous ne tarderons pas d’ailleurs à aller plus à l’arrière. Je suis encore auprès du colonel [Adrien Perret] et mange à sa table, mais je suis affecté temporairement au 3ème bataillon, 11ème Cie, où je vais prendre du service en attendant que ces cadres soient reformés. J’ai l’impression que je vais avoir une vie très peu stable, passer d’une Cie dans une autre, ce qui n’est pas drôle.
            Quant à ma permission, il n’en est pas question pour le moment. Très peu sont partis depuis mon retour. Si les propositions de depart sont très fortes je ne desespère pas de venir pendant le mois de Juin.
            J’ai reçu hier de Mazargues [donc de sa tante Fanny Busck] un paquet de friandises. Bonnes nouvelles de [Albert] Léo. En même temps tes lettres des 10 et 21.
            Si vous avez eu de l’eau à Cette nous en avons eu notre part dans l’Aisne, et ça ne simplifiait pas notre vie de tranchée, je t’assure.
            Je viens d’interrompre ma lettre pour aller reconnaître le patelin ou nous allons cantonner demain. Il est très bien et toujours énormément de verdure. Je te quitte pour dîner.
            Figures-toi que ce soir nous avons des invitées. Elles ne sont pas du grand monde mais pas non plus du demi-monde. Ce diner sera amusant car ces dames ont des prétentions littéraires, et, je crois, très innocent.
Très affectueusement 

J. Médard

Source : JMO du 132ème R.I. - 24 mai 1917

mardi 23 mai 2017

23 mai 1917 – La relève


Nous sommes relevés le 23 mai, transportés en camion dans un village de Brie, d’où je pars quelques jours plus tard en permission. Après chacune de ces affaires nous sommes malheureux, même bouleversés à la pensée des compagnons parfois très chers que nous avons perdus ; pourtant le sentiment qui domine dans nos cœurs égoïstes, c’est la joie de nous en être sortis, d’être toujours là, vivants. Nous ignorons totalement que parmi les troupes qui nous ont succédé il y a eu de graves mutineries et que ce printemps 17 aura été pour la France une des périodes les plus critiques de la guerre.  

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie, La guerre)


Source : JMO du 132ème R.I. - 23 mai 1917

lundi 22 mai 2017

Ferme Certeaux, 22 mai 1917 – Jean à sa mère

22/5/1917
            Maman chérie 

            Je ne t’ai pas ecrit hier ; je suis retourné à la division. Toujours le même itineraire frais et reposant.
            J’ai diné à la droite du général et le soir j’ai été raccompagné en auto presque jusqu’au P.C. du regiment. Tu vois que je suis dans les huiles grasses jusqu’au cou. Je ne crois pas que notre sejour dans ce pays malsain dure encore bien longtemps. Ce n’est pas trop tôt.
Très tendrement à toi 

Jean

Source : JMO du 132ème R.I. - 22 mai 1917

Sète, 22 mai 1917 – Mathilde à son fils

Cette le 22/5 1917
            Mon bien aimé 

            Je n’ai pas écrit à temps pour le bon courrier et j’ai tjours de la peine à apporter involontairement de l’irrégularité à ma chère correspondance avec toi. Je voudrais la rendre plus intime, plus interessante mais souvent je suis arrêtée dans tout ce que je voudrais te dire….. J’ai peur que ceci ou cela de mes sentiments ne soient pas ce que tu voudrais, une maman qui craint le jugement de son petit c’est un peu extraordinaire et il est si bon mon fils, si indulgent pr les faiblesses d’autrui.
            Je vais te dire une chose que j’ai faite cet après midi et qui m’a été très douce, c’est d’aller à la Croix Rouge voir deux soldats blessés du 132e tous deux de la 7e du 2e Bataillon Tanguède Jean et Delhommiau Constant. Brancardier ce dernier. Tanguède est très bavard et j’ai pu connaître bien des détails bien interessants mais il a été blessé le 16 deux heures après le declanchement de l’attaque. Il est de la Gironde ; l’autre plus taciturne est de la Vendée. Ils te connaissent tous deux et t’aiment beaucoup. Ils avaient été tout réjouis de t’avoir à la 7ème malheureusement disent-ils cela a été bien court.
            Je leur ai apporté quelques cigarettes et les ai invités à prendre le café dès que cela leur sera possible et je retournerai les voir Il y en a deux autres mais que je n’ai pas cherché à voir ils sont du 3ème Bataillon et ne te connaissent que fort peu. Tanguède me rappelle ton ordonnance.
            Suzie a diné hier soir chez les Herrmann[1], elle a appris là que les Eug. Leenh. [Eugène Leenhardt] étaient partis pour Constance ayant été avisés par la Croix Rouge que Robert [Leenhardt] avait été amené en Suisse. Ils sont sceptiques car quantité de ces pauvres enfants sont annoncés comme devant être évacués, puis, ne le sont pas et enfin cela denote un état de santé chez Robert bien préoccupant. N’as-tu rien su de cela par Hervé [Leenhardt] ?
            En rentrant ce soir j’ai trouvé tes deux cartes du 16 et du 17. Te voilà loin d’Hervé, cela m’ennuie beaucoup, c’était si bon de vs sentir l’un près de l’autre.
            J’ai été enfin voir Mme Frisch [Louise Cormouls, veuve Frisch] où j’ai trouvé naturellement tante Anna.
            Je serai sans doute seule avec Na pour la Pentecote. Axel écrit que Rudy est là en permission et désire voir Hugo. Je pousse Suzie à l’accompagner. Elle ne se décide pas dans la crainte de me laisser de la peine et de la solitude, mais tu sais que cela m’est bon de m’occuper de Na et puis je suis avec toi.
            Je continue ce mot ce matin avant le départ du courrier, talonnée par la cuisine dont je dois m’occuper. Je reçois un mot de Bourgade[2] me disant qu’il va régler définitivement la succession[3] mais qu’en examinant les pièces il n’y trouve pas une procuration que tu as déjà du donner. Il me prie de la lui envoyer, si non il me fera le brouillon pr te l’expédier. Tout cela amène des retards infinis.
            Je t’embrasse [mot illisible] infiniment. Que Dieu soit avec toi.

Ta mère

[1] Rappel : Suzie et Jean étaient amis d’enfance d’Alice Herrmann, la future femme de Jean. Les Herrmann avaient quitté Sète quelques années auparavant pour s’installer à Montpellier.
[2] Mathilde écrit ici Bourgade, et Bourjade dans sa lettre à venir du 16 septembre 1917. L’orthographe est donc incertaine.
[3] Il s’agit vraisemblablement de la succession de la grand-mère paternelle de Jean, Coralie Bérard, veuve de Gustave Médard. Elle était morte en 1911. Les Médard étaient de Lunel, et Gustave Médard avait été propriétaire terrien, mais avait été ruiné par des crues du Rhône.

dimanche 21 mai 2017

21 mai 1917 – R. à S.

Source : JMO du 132ème R.I. -21 mai 117

Sète, 21 mai 1917 – Mathilde à son fils

Cette le 21/5 1917
            Mon brave chéri 

            Suzie part pr Montpellier et je lui donne ce petit mot à emporter à la poste.
            Il fait encore vilain temps, il pleut et je vais rester au home avec ma petite Na comme distraction et compagnie, je t’assure.
            J’ai eu hier ta chère lettre du 15. Ne t’inquiète pas va, je ne ferai jamais ce que tu n’aimes pas et ne rendrai jamais public sans ton autorisation ce que tu veux si bien cacher. Ta modestie est un peu extrême mais je t’aime bien mieux ainsi.
            Ns sortons de table fort tard ; impossible ces jours ci de faire cuire les aliments, ni charbon….. ni gaz. Il faudra arriver à se nourrir de fruits si encore on peut s’en procurer.
            Ce matin visite du docteur [Adrien] Batailler qui s’est bien informé de toi. Ns avons été hier avec Na chez Mme [Berthe] Almairac-Auriol avec les dames Lapist [?] et Duclaux [Alida Auriol ép. Duclaux]. Ma petite chérie s’est amusée royalement. elle était une mariée, on la parait de fleurs. Mais les petits garçons seuls pouvaient s’approcher, les fillettes avaient auprès d’elle moins de succès. La pluie ns a chassés.
            Le soir Rod  Lighet à diner ; lui aussi s’interesse à toi et par cela il m’est sympathique.
            Comment va [Albert] Léo et tes camarades blessés ?
            Je t’envoie tout mon amour. 

Ta maman 

            Bonnes nouvelles d’Alice, elle demande à revenir.

samedi 20 mai 2017

Ferme Certeaux, 20 mai 1917 – Jean à sa mère

20/5/1917
            Maman chérie 

            Je viens de recevoir une bonne lettre d’oncle Fernand [Léo], une de Mademoiselle [Léo] Viguier aussi. Elle me donne des nouvelles de [Albert] Léo qui, parait-il a encore pas mal de fièvre. Les journées se passent un peu longues et un peu sombres.

Source : Mémorial GenWeb
            Nous avons encore perdu ces derniers jours[1] un des plus chics types du régiment, [Hervé] de Parscau qui commandait une compagnie, tout jeune et tout sympathique. Et puis, même dans le régiment, on se sent perdu, dépaysé ; tout semble changé ; l’esprit, la valeur. Il y a des types qu’on ne remplace pas. C’est vrai que la guerre est une sélection à rebours, les meilleurs s’en vont. Et ce n’est pas parcequ’ils s’en vont qu’on dit que ce sont les meilleurs, c’est parcequ’ils sont les meilleurs qu’ils sont fauchés.
            A part ça mes compagnons sont toujours très agréables, et mes conditions de vie très privilégiées.
            Je t’écris mal, maman chérie ; tu sais combien il est difficile pendant ces periodes agitées de se receuillir et de s’installer. Mais tu sais aussi que je reste très près de vous.
Je t’embrasse avec toute ma tendresse. 
 
Jean

Source : JMO du 132ème R.I. - 20 mai 1917


[1] Voir lettre de Jean du 15 mai et le JMO associé.

Sète, 20 mai 1917 – Mathilde à son fils

Cette le 20/5 1917
            Mon fils chéri 

            Encore et toujours des trombes d’eau à ne plus croire au soleil du midi. Cette nuit à onze heures nous nous battions avec Hugo, des récipients partout pr recueillir l’eau qui ruisselait par les gouttières et dire que l’on a fait tant de frais pour la propreté et pour la beauté de la maison !
            J’ai eu hier soir ta bonne carte du 14 et j’attends le retour au bureau d’Hugo à qui le facteur a donné parait-il quelque chose à mon adresse.
            Ces promenades dans le secteur sont elles bien necessaires et bien dangereuses ? Y vas-tu par ordre ou par propre satisfaction ? Tu ne nous a jamais dit où tu dormais. Tu sais combien tout cela m’intéresse.  As-tu assez de repos ? Tes nouvelles attributions t’interessent-elles ? Ah que je voudrais les voir durer dans l’avenir.
            Les évènements Russes me tourmentent bcoup. Il est de toute évidence qu’ils ont encore retardé le dénouement et que toutes les forces de là bas sont amenées sur notre front. Pourrons-nous continuer à les contenir si elles sont si puissantes ? J’ai reçu une lettre de mon brave poilu [certainement son filleul de guerre, Lalouette]. Il revient d’une attaque terrible où toutes leurs mitrailleuses ont été réduites en miettes sauf la sienne. Complimenté par son lieutenant, il attend les évènements !! C’est un si brave à qui je suis vraiment attachée. De son Bllon ils ne sont revenus que 243, et il est toujours plein de courage. Ah le soldat français, quelle merveille….
            Ce matin réception des catéchumènes, Yvonne Batailler[1] était du nombre très émue et je t’assure prtant que la cérémonie n’a pas provoqué en moi les émotions que j’ai connues jadis. C’est froid et le sermon n’avait rien. Que leur restera-t-il de ce beau jour ! Elle a tant besoin cependant notre chère paroisse de recevoir des impressions qui restent, des forces qui durent. Que Dieu supplée à l’insuffisance de l’homme.
            Hugo m’a lu hier une lettre très grave [?] en réponse à une d’oncle Axel, très digne où il refuse ses offres d’association en lui disant le pourquoi… les difficultés à prévoir plus tard avec ses gendres… les regrets peut-être pour Rudy d’avoir cette obligation… enfin il refuse et je ne puis le blâmer.
            Et cependant [Edouard] Houter pense que ce sont là toutes les visées de Hugo. Axel le traitera surement d’orgueilleux.
            Il dit à son oncle, entre autres choses, qu’il reste chez lui en reconnaissance de ce qu’il a fait pour ses parents[2] mais que du jour où cela n’irait plus il trouverait tjours ailleurs une situation.
            Je t’écris dans la tranquillité de notre grande maison, le Dimanche, et cependant il faut me hâter car le soleil timide parait et j’ai promis de promener Elna. Ns allons aller à G[fin du mot illisible] chez les Almairac.
            Mon grand aimé de fils je te serre le plus tendrement possible sur mon cœur tout plein de toi.
Tendresses de tous 

Ta maman           

            Mon poilu a cherché à te voir mais il était plus loin que votre corps.
            Murel [?] était au chemin des dames au 67e.

[1] Yvonne Batailler était la petite-fille de Néri Julien et de Jeanne Jalabert, membres de la paroisse protestante et amis de Mathilde. Elle était la fille de Marie Julien, épouse du docteur Adrien Batailler.
[2] Rappel : Hugo Ekelund, le beau-frère de Jean, avait rencontré la famille Médard car il était un neveu d’Axel Busck, armateur suédois installé à Marseille et époux de Fanny Benoît, la sœur de Mathilde (la mère d’Hugo était la sœur d’Axel Busck). Par son mariage avec Suzanne Médard, Hugo Ekelund s’était donc retrouvé neveu par alliance des Busck, en plus de l’être par le sang.

vendredi 19 mai 2017

Ferme Certeaux, 19 mai 1917 – Jean à sa mère

19/5/1917
            Maman chérie 

            Je ne t’ai pas écrit hier. J’ai passé une partie de ma journée un peu à l’arrière, à la Division où j’avais été envoyé par le Colonel [Adrien Perret]. Diversion très appréciable. C’est reposant pour l’œil et pour l’esprit de quitter le terrain volcanique et marmité, ou de quitter la grotte. La vallée qui était autrefois la première ligne a gardé très peu de traces de son malheur. Evidemment, les villages y sont très abimés, mais la vegetation y est si luxuriante, il y a tellement de verdure et de fleurs qu’on ne voit plus les brèches ds les murs et les trous dans les toits.
            Là bas j’ai été très aimablement reçu j’ai dejeuné à la table du general, qui n’est pas mauvaise.
            Ici nous vivons dans une grotte caverne – il y en a partout dans le pays – nous sommes nombreux types de mon age et vivons aussi gaiement qu’on peut le faire dans les conditions actuelles. Mais le jour où on parlera de relève, je t’assure que nous serons contents.
            Je reçois chaque jour et le plus souvent très vite tes bonnes lettres.
            T’ai-je dit que [Charles] Galais[1] était blessé… pas grièvement heureusement.
            Nous allons nous mettre à table, je te quitte, c’est une des distractions les plus absorbantes de la journée.
Très tendrement à toi
 
Jean
Source : JMO du 132ème R.I. - 19 mai 1917


[1] En permanence, que ce soit dans les mémoires ou dans la correspondance, Jean orthographie « Galley ». Mais le JMO et Mémoire des hommes permettent de savoir qu’il s’agit en fait de Charles Galais (1879-1918).

jeudi 18 mai 2017

18 mai 1917 - JMO


Source : JMO du 132ème R.I. - 18  mai 1917

Sète, 18 mai 1917 – Mathilde à son fils

Cette le 18/5 1917
            Mon fils aimé 

            Ce sera moi qui serai laconique aujourd’hui ; déjà hier je t’ai fait faux bond ayant eu le matin le culte, le soir tante Anna ses filles [Madeleine et Laure Benoît] belle-fille [Yvonne Bouscaren ép. de Lucien Benoît] bébé [Pierre Benoît] et tante Jenny [Scheydt] à prendre le thé. Réunion très cordiale. Ce matin Suzie vient de se remettre au lit avec de vilains tournements de tête et les soins du ménage et d’Elna m’incombent en entier.
            J’ai eu avant-hier soir ta bonne chère du 11. Je te pardonne tout à fait d’être si succinct dans tes messages ; tu sais et tu comprends je voudrais tant vivre de ta vie à tes côtés et tu dois trouver, toi, que c’est mieux pr moi que cela ne soit pas.
            Mais Dieu m’accorde encore la grâce de te sentir à l’Etat Major ; si tu savais quel apaisement cela m’est. Penses-tu que cela puisse durer ? et que vraiment bientôt sonne l’heure de la vraie relève ? Alors tu viendras bientôt après n’est ce pas ?
            Quel bénédiction aussi cette réunion avec Hervé [Leenhardt]. Ah ! que j’en suis heureuse et reconnaissante. Y a-t-il entre vous plus d’intimité une plus étroite union ?
            Hier tu te serais amusé de voir nos deux petits se disputer. Pierrot [Benoît] est le plus placide des bébés mais Elna lui arrachait des mains tout ce qui est en propre à Ena. Ché à Ena dit elle sans cesse. Le soir elle s’est couchée sans diner ayant refusé de laisser sa mère la faire manger. Ena tou cheul. Oh je t’assure que les père et mère ne plaisantent pas, elle est à une rude école. Moi je ne dis rien, je n’en pense pas moins et je suis incriminée.
            Figure-toi la grande douceur qu’à tante Anna. Le grand directeur des messageries maritimes lui a écrit une lettre exquise pr lui dire que leur désir était que toutes les unités nouvelles en construction devaient porter le nom d’un de leurs collaborateurs mort en héros pr en perpétuer le souvenir et que l’on avait tenu à ce que la première unité sortant des chantiers porte de le nom de Docteur Pierre Benoît. C’est dit d’une façon si simple et si belle. Tu penses combien ta tante en est émue.
Source : Gilles Morlock
in Destins brisés de la faculté de médecine de Montpellier
             Et sur ce je te quitte pr aller à la cuisine. Du reste Na se charge de m’empêcher d’écrire le soir je serai plus au calme et plus à toi.
            Je comprends ce que ce bruit assourdissant doit être et je souhaite bien ardemment qu’il soit vite loin de toi.
            Bons et infinis baisers de ta mère.

mercredi 17 mai 2017

Ferme Certeaux, 17 mai 1917 – Jean à sa mère

 17/5/1917
            Maman chérie 

            Que te dirais-je ? Je continue à recevoir tes lettres régulièrement et avec joie. Toujours une vie mi-souterraine, mi-vagabonde.
Très tendrement à toi

Jean
Source : collections BDIC
 


Source : JMO du 132ème R.I. - 17 mai 1917

mardi 16 mai 2017

Ferme Certeaux, 16 mai 1917 – Jean à sa mère

16/5/1917
            Maman chérie 

            Je t’écris sur le dos de mon ami [Pierre] Péchenard. J’ai quitté la demeure souterraine où j’avais passé quelques jours pour une autre.
            Il fait un sale temps.
J’ai sommeil, je ne dis que des betises.
Tendrement à toi 

Jean
      
Source : JMO du 132ème R.I. - 16 mai 1917

Sète, 16 mai 1917 – Mathilde à son fils

Cette le 16/5 1917
            Mon chéri 

            Heureusement hier oncle Fernand [Leenhardt] a eu la charitable idée de téléphoner à Hugo pr lui dire que Hervé [Leenhardt, le fils de Fernand] et toi étiez encore le 10 ensemble dans une grotte caverne… je ne sais… et mon tourment a pris fin pr cette fois.
            Depuis Vendredi j’étais sans nouvelles, quatre jours c’est long. Hier soir j’ai eu ta bonne carte me confirmant la chose.
            Quelle douceur pour moi de vs sentir un peu ensemble.
            La présence de Mr [Louis] Guilliny m’est aussi un réconfort. Comment se fait-il qu’il soit là. Tu n’avais jamais encore rencontré un aumonier. Et puis, penses-tu être sous peu à l’action ?
            Le remplacement[1] de [Robert] Nivelle par [Philippe] Pétain m’a ennuyée ce matin. Tout cela impressionne et est mauvais. Figure-toi à quel point l’espionnage est actif chez nous. La sœur de Mr [Paul] Corteel qui arrive de Roubaix ns racontait hier après-midi l’histoire suivante. Une dame de ses connaissances se trouvait en train seule avec plusieurs officiers allemands, il y a quelques jours. Elle s’entend appeler « Madame, Madame » mais croit se tromper ne voyant que ces casques devant elle. L’appel se renouvelle, elle dévisage alors ses compagnons et reconnait sous l’uniforme aborré les traits d’un Mr Hollandais qu’elle avait connu sur une plage de l’océan puis vu à Paris : Vous ici lui dit-elle ? et sous ce costume ? et votre famille ? Elle est à Paris lui fut-il répondu et je reviens de Paris les embrasser !!! Cela se passe de commentaire. Le Hollandais est un Allemand qui va à Paris quand il veut. C’est navrant que l’on ne puisse se défaire de tous ces espions.
            Ns avons passé la fin de l’après-midi hier chez tante Jenny [Scheydt]. Elle se plaint amèrement de sa solitude ; je voudrais être plus libre et l’entourer mais un peu l’ouvrage et beaucoup mes tourments quand je suis sans nouvelles, je n’arrive pas à sortir assez de moi-même pr voir mes semblables. Il y a au moins trois semaines que je ne suis pas allée chez tante Anna. Je les ai demain à prendre le thé.
            Na continue à occuper de ses sottises et pendant que je t’écris elle met à sac ma chambre ; le petit chat est de plus en plus son souffre douleur. Je ne desespère pas de le lui voir mettre dans le feu.
            Elle est superbe, belle comme jamais.
            Je te quitte pour aller la faire déjeuner. Je te serre bien étroitement sur mon cœur en demandant à Dieu de te bénir de te garder. 

Ta maman

[1] A la suite de l’échec de l’offensive du Chemin des Dames.