vendredi 6 janvier 2017

6 janvier 1917 – Léo Viguier à Jean

6-1-17
            Mon cher Ami, 

            J’ai reçu ce matin votre lettre du 30. Vous savez, je suis toute triste d’avoir dû vous laisser partir pour le front sans vous revoir, mais j’espère bien que vous ne tarderez pas à réapparaître, en permission ou sans permission, & cette pensée me calme un peu. Et puis, j’ai passé chez Bois [Henri Bois, doyen de la faculté de théologie de Montauban] des jours tellement exquis qu’il faut bien que je paie un peu ce bonheur par un sacrifice !!
            Toute la famille du cher homme est délicieuse. Charles [Bois] est arrivé en permission pendant que j’étais là, en sorte que maintenant je les connais tous. Nous avons bavardé, ri, parlé sérieusement, enfin on a fait de tout et on s’est beaucoup aimé. Ils ont été pour moi absolument touchants d’affection & j’en reste confuse, car je mérite bien peu tout cela ! Naturellement, j’ai eu avec lui un long entretien dont notre conspiration a fait le principal objet. Il accepte de grand cœur un plan de travail… & les secrétaires stagiaires dont je lui ai donné les noms, à commencer par le vôtre.
            Je lui ai aussi causé d’Albert Léo qu’il trouve admirablement gratifié. Enfin, vous voyez que j’ai fait tout ce que j’ai pu pour faire de « la belle ouvrage ».
            Rentrée à Paris, je me suis servi de cette conversation avec Bois pour exposer le projet à Scipion qui marche aussi comme un seul homme. Et je continuerai à l’évangéliser dans le bon sens !! Reste [Charles] Grauss à convertir. Comment s’y prendre ? ? Je ne vois pas encore bien clair, mais j’ai confiance que ça viendra.
            J’ai vu là-bas les Conord[1]. Léon Maury était à Nantes chez les Berton[2], je n’ai donc vu que sa femme et Thérèse [Maury] qui fait ses études de droit à Toulouse. J’ai visité & avec quelle émotion ! la chère Faculté, & je n’ai pas besoin de vous dire combien à ces moments-là j’ai pensé à tous mes chéris qui y avaient vécu !

            Les nouvelles du front sont bien lentes à


[Le deuxième feuillet manque. Seul le contexte permet de comprendre que la correspondante de Jean est Léo Viguier, il s’agit de la seconde de ses deux lettres conservées.
Rappel : Léo (Léonie) Viguier était la secrétaire du pasteur Charles Grauss, le secrétaire général de la "Fédé" (la Fédération des associations chrétiennes d'étudiants). Jean lui rend hommage dans ses mémoires : « Elle a su maintenir un lien étroit entre tous les "fédératifs". Elle envoie à tous une feuille régulière avec des nouvelles de chacun. Sur son initiative les mobilisés de passage à Paris se rencontrent le Dimanche au cercle de la rue de Vaugirard. En semaine, ils sont sûrs de trouver à son bureau un accueil chaleureux. Elle restera pendant cinq ans un lien vivant entre nous. »]

[1] Sans doute Adèle Conord (née Carl), veuve du pasteur Georges Conord (1858-1896) et son fils Paul Conord (1896- ?) : camarade de Jean à la Fédé
[2] Jean Berton (1892-1976) avait épousé vers 1914 Madeleine Maury (1888-1933). Il a été pasteur à Nantes entre 1919 et 1928.