dimanche 25 juin 2017

Le Thillot, 25 juin 1917 – Jean à sa mère

25/6/1917
Maman chérie 

            Je ne suis pas très bon correspondant tous ces jours-ci : notre vie est très remplie, et puis, au 3ème bataillon il y a beaucoup de camaraderie, on est souvent ensemble et on reste volontiers ensemble, mais ce qu’on gagne en camaraderie, on le perd un peu en receuillement et en intimité avec ceux qui sont loin. Ici nous sommes trop bien : aux douceurs du pays, du climat s’ajoutent les agrements d’un petit centre. Nous avons même un cercle pour les officiers. La population civile est très acceuillante. Le regiment lui temoigne sa reconnaissance par des flots d’harmonie. Tous les soirs ce sont des concerts, souvent des retraites, des fêtes ; etc. Il y en a trop. On a mis « la Madelon » en musique et chacun souffle ça dans son instrument à qui mieux mieux.
            Hier matin j’esperais ecrire un peu. Le colonel [Perret] m’a fait appelé et m’a envoyé à l’Infanterie prendre des renseignements Je ne m’en plains pas : promenade très agreable dans une très belle vallée, à cheval.
            Demain nous faisons mouvement. Ça tombe bien je reçois aujourd’hui une lettre de [Albert] Léo qui me recommande ses hôtes d’autrefois[1].
            Hier après-midi c’était « concert ». Ça consiste surtout à degoiser un certain nombre de monologues ou chansons + ou – grivoises et sales. Pourtant, si j’étais colonel, je n’empecherais pas ces concerts, au contraire. Tu vois que je prends une moralité elastique. Ce n’est pas une affaire de moralité, mais de morale : les poilus rient, ils se detendent, ils oublient un moment leurs misères. Ce qu’il faut regretter c’est qu’ils n’aient de gout que pour un spectacle pareil. Hier soir ça me rendait malheureux. On sentait dans l’air comme un besoin de noce, de fête crapuleuse.
            Ce matin c’était revue et remise de décoration par le general Cdt le corps d’armée.
Source : JMO du 132ème R.I. - 25 juin 1917
          





             Deux officiers de la popote étaient décorés de la Légion d’Honneur pour des motifs bien differents : l’un, un vieil ivrogne, parcequ’il est ancien, l’autre parcequ’il a été epatant, blessé il a ramené sa section 3 fois à l’assaut, fait prisonnier plusieurs heures il est parvenu à s’echapper, etc.
             Merci pour ta bonne carte du 2.
Tendrement à toi. 

J. Médard

[1] La famille Scheurer, donc (voir lettre d’Albert Léo à Jean, le 30 avril 1915).

samedi 24 juin 2017

Le Thillot, 24 juin 1917 – Jean à sa mère

24/6/1917
            Maman chérie 

            Dimanche très absorbé et très bruyant. J’ai fait ce matin une longue ballade à cheval.
            Cette après-midi fête du regiment.
Tendresse 

Jean
Légende au dos de la photo : "Souvenir des anciens copains du 132e RI - Le 24 juin 1917".
 
       Un grand merci à Yann Le Floc'h : il y a un peu plus d'un an, il me communiquait cette photo qui illustre si parfaitement la lettre de Jean avec sa mention de la "fête du régiment". Elle aurait aussi pu accompagner son courrier du 25 juin où un passage est consacré à une remise de décorations. 
        Dans un courriel, Yann Le Floc'h m'expliquait que huit hommes de la photo,  sans doute décorés le jour même, portent leur croix en "pendante" alors que ceux qui l'ont reçue précédemment la portent en barrette. Il s'agit de croix de guerre, décernées suite à des citations individuelles  (ici à l'ordre du régiment car il y a un seul clou ou étoile).
 

vendredi 23 juin 2017

Le Thillot, 23 juin 1917 – R. à S.

Source : JMO du 132ème R.I. - 21 au 24 juin 1917

jeudi 22 juin 2017

Le Thillot, 22 juin 1917 – Jean à sa mère

22/6/1917
            Maman chérie 

            Rien de bien nouveau. Vie toujours très reposante. Pluie. Je pense bien à vous tous et vous embrasse affectueusement.           

Jean

mercredi 21 juin 2017

Le Thillot, 21 juin 1917 – Jean à sa mère

21/6/1917
            Maman chérie 

            Je vous plainds beaucoup d’avoir à supporter des chaleurs si terribles. Ça doit être bien penible pour Suzon vu son etat, et pour Na vu son age.
            Ici il fait très bon ; même au milieu du jour la temperature est très supportable. Nous sommes dans ces periodes, d’ailleurs rares, ou notre emploi du temps ne comporte ni dangers, ni fatigue, ni même ennuis. Notre vie peut même avoir du charme, et elle en a.
            C’est comme des vacances qu’on a vraiment mérité. Un camp de vacances en moins bien. Le pays donne une leçon de sérénité, de grandeur. Il peut arriver n’importe quoi, on empechera pas la fleur de s’ouvrir, l’oiseau de chanter et la montagne de s’élever vers le ciel.
            Na qui commence à se souvenir ! Elle va devenir de plus en plus interessante et attachante.
            Envoie-moi ma boite de peinture. Il faut que je m’y remette. Ce sera un des moyens de ne pas s’abruttir. Pas de toile, du papier special simplement, et tous mes pinceaux.
            Oui je serai très heureux d’avoir des details sur Robert Leenhardt. 

22/6/17

            Hier je t’ai quitté pour prendre le départ des permissionnaires. Mon ordonnance [Ouvier] partait ; son tour a été avancé, sa sœur étant très malade 24 heures avant son depart il choisit un remplacant et il lui « passe les consignes ». C’est assez amusant.
            Aujourd’hui des ondées tout le temps. Hier soir on a fait une retraite ds les rues du village. Il faut croire que le moral du 132e est bien solide ou la musique bien entrainante car tout le regiment suivait la musique en chantant officiers en tête.
            Je te quitte pour ne pas arriver en retard à table, et t’embrasse tendrement. 

Jean

mardi 20 juin 2017

Le Thillot, 20 juin 1917 – Jean à sa mère

20/6/1917
            Maman chérie 

            La période de villégiature continue. Nous ne restons pas longtemps en place, mais comme dit le colonel [Perret] nous faisons simplement une promenade dans un des plus beaux pays de France.
Source : Cartes postales anciennes Bastille 91
            On a même eu la bonne idée de décharger les poilus de leurs sacs .
            Pour le moment, je suis chef de section à la 11ème Cie. Toujours de charmants compagnons. Avant-hier j’ai cherché la tombe de Pierre [Pierre Benoît, son cousin germain] au cimetière de G [Gérardmer]. Il est enterré dans un caveau particulier, mais personne n’a pu me dire lequel. Bain exquis dans le lac. Hier aussi cantonnement charmant [à Cornimont] ; aujourd’hui non moins bien. Nous y sommes pour quelques jours.
Tendrement 

Jean

Source : JMO du 132ème R.I. - 20 juin 1917

lundi 19 juin 2017

19 juin 1917 – Changement de cantonnement, étape à Cornimont

Source : JMO du 132ème R.I. - 19 juin 1917

dimanche 18 juin 2017

18 juin 1917 – Changement de cantonnement, étape à Gérardmer

Source : JMO du 132ème R.I. - 18 juin 1917

samedi 17 juin 2017

Arrentès-de-Corcieux, 17 juin 1917 – Jean à sa mère

17/6/1917
            Maman chérie 

            Après-midi de solitude absolue, dans les forêts. Je suis arrivé au sommet d’une montagne. Echapée entre les sapins. Montagnes jusqu’à l’infini. Grandes ombres de nuages sur le panorama lumineux. Quelles joies ce pays me promet.
            Nous quittons demain notre petit coin de verdure.
            Je suis avec vous de toute ma pensée et de toute ma tendresse. 

Jean

vendredi 16 juin 2017

Arrentès-de-Corcieux, 16 juin 1917 – Jean à sa mère

16/6/1917
            Maman cherie 

            Me voici dans un pays exquis : hautes montagnes et sapins. Nous n’y sommes qu’en passant. Après demain je verrai la tombe de Pierre[1], puis, j’aurai certainement l’occasion de rencontrer Jean Monnier. C’est le secteur d’été revé.
            J’ai fait un très bon voyage.
            Ma place était retenue ; on me l’avait envoyée trop tard à Cette, mais en gare de Nîmes j’ai pu savoir son n°. J’ai voyagé avec Georges Leenhardt [cousin éloigné] ; ns avons diné au W.R. A Paris j’ai commencé par faire mes achats : grosses difficultés pour trouver un costume de toile. Enfin j’en ai déniché un pas trop mal à 50 frs. A Melle [Léo] Viguier j’ai acheté un petit Gallé de 12 frs qui parait lui avoir fait très plaisir. Elle m’avait appris une triste nouvelle, la mort de Charvey[2], un de mes amis de Paris, que nous aimions beaucoup l’un et l’autre, une nature très reservée et délicate, un vrai chic type, un des meilleurs.
            J’ai déjeuné chez Suzanne de Dietrich avec une de ses amies, une volontaire aussi Jeanne Bohin. Simplicité et spiritualité. Au dessert, Jean Allais a fait une courte visite, le frère d’Yvonne Allais que j’étais allé voir à Brest.
            Puis [Pierre] Lestringant, très pareil à lui-même, quoiqu’il ait laissé tomber sa barbe, toujours très vibrant, à la fois revolté et enthousiaste. Il boîte encore et souffre encore de son pied. Puis visite à [Albert] Léo, qui prenait l’air dans la cour et semble vraiment mieux mais il aura à se soigner longuement et serieusement… la guerre est probablement finie pour lui, et il ne sera plus ce qu’il était.
            Visite trop rapide à Eynard qui m’a temoigné beaucoup d’affection. Son travail a l’air de l’interesser et de l’absorber.
            René Leenhardt [autre cousin] n’est pas venu au rendez-vous.
            Diner chez Mlle [Léo] Viguier avec Galley et Paul Bois. Tout ce monde est ensuite venu me conduire à la gare. J’avais retenu ma place ; nuit pas trop fatigante, sommeil. A N. [Nancy] j’ai raté ma correspondance. J’en ai profité pour aller voir Pierre Durand[3] que je n’ai pas trouvé et les Bertrand. Ils m’ont invité à déjeuner, ont été très hospitaliers, très aimables, me demandant des nouvelles de tous ; pas du tout agités ou accablés, comme je le croyais. Laure était là, très impatiente de retrouver son mari qui devait la rejoindre le jour même ou le lendemain.
            Les ombrages delicieuse campagne, veritable foret, très abrupte.
            Mr Bertrand m’a fait voir les beautés de Nancy. C’est une très belle ville, blessée ça et là ; un peu morte maintenant que la moitié de la population a emigré.
Source : collections BDIC
            J’ai repris le train à 4 heures, ai manqué ma correspondance à E [Epinal], y ai couché ; j’ai retrouvé ce matin le bataillon, le Cdt [Jules] seul est en permission tous les autres sont rentrés. Nous sommes très favorablement impressionnés par le pays. Ce n’est pas ici même que nous devons rester, mais pas loin. Nous ne prendrons pas un secteur tout de suite.
            Il fait beaucoup moins chaud qu’à Cette…. tu pousserais des cris d’admiration à chaque coin de route : symphonie de bleu et de vert, bleu intense du ciel, bleu de l’horizon, des montagnes, des forêts, vert des premiers plans. Beaucoup de lumière sur tout ça.
            Je te souhaite pour cet été un repos semblable. Nous communierons dans notre amour pour ces formes, ces couleurs et des odeurs.
Très tendrement à vous tous. 

Jean

[1] Pierre Benoit (1887-1915), cousin germain de Jean, mobilisé comme médecin militaire, mort des suites de ses blessures à Gérardmer le 2 octobre 1915.
[2] Aucun Charvey mort pour la France (un Charveys, mort en 1915, qui n'est donc pas celui dont parle ici Jean). L’orthographe est plus vraisemblablement Charvet.
[3] Pierre Durand (1888- ?), pasteur. Fils d’Etienne Durand, pasteur à Nancy et de sa femme Hélène Nick (sœur du pasteur Henri Nick).

jeudi 15 juin 2017

Juin 1917 – Changement de secteur : les Vosges, l’Alsace


Je retrouve mon régiment à Courpalay[1] dans les Vosges. Après les étapes de Gérardmer, du Cornimont et du Thillot, qui sont de belles promenades en montagnes nous entrons le 25 juin en Alsace par le col de Bussang. Nous allons passer dans ce secteur des Vosges la période la plus paisible, la plus heureuse de la guerre. 

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie, La guerre)

Source : JMO du 132ème R.I. - 13 au 17 juin 1917

[1] C’est manifestement une erreur. Jean aurait dû écrire qu’il avait quitté son régiment à Courpalay (Seine-et-Marne). Et il le retrouve, dans les Vosges, à Arrentès-de-Corcieux.

mercredi 31 mai 2017

Courpalay (Seine-et-Marne), 31 mai 1917 – Jean à sa mère

31/5/1917
            Maman chérie 

            Ma vie continue au milieu des mêmes êtres, c’est-à-dire le 3ème Baton. Mais les lieux ont changé. Je ne dirai pas que le pays que nous occupons maintenant est mieux que celui que nous avons laissé, car même la guerre n’était pas arrivée à enlaidir ce dernier, mais ici nous avons la paix. On n’entend plus le canon ou le ronflement des moteurs, on ne voit plus de saucisses, on ne couche pas dans des maisons défoncées ou dans des creutes. La maison que j’occupe est très jolie, tu as pu le voir[1], ma chambre est somptueuse, mes hôtes sont charmants. Ils se sont même arrangés pour loger mon ordonnance. Notre popote est aussi très agréable.
            Quand au pays il est vert et arrosé [?] comme n’importe quel coin de la banlieue de Paris. Je ne te dis pourtant pas de venir m’y rejoindre parceque j’espère bien ne pas remonter en ligne sans être parti en permission[2]. Grands départs de permissionnaires. J’étais un des derniers rentrés, mais si ça continue comme ça mon tour reviendra vite. Avec tous ces departs il n’est pas question d’exercice. Les poilus se reposent, et ils ne l’ont pas volé.
Source : JMO du 132ème R.I. - 31 mai 1917
            Nous avons fait hier un voyage en camion de 120 kilomètres. Comme poussière c était un peu là.
            Je t’embrasse de tout mon cœur maman chérie 

Jean 

            Je reçois à l’instant ta lettre du 27. Je suis édifié par les exploits de ma fillieule ; j’espère que sa fièvre est tombée et que ça n’a rien été de grave.
            [Albert] Léo a été très en danger à l’hopital Buffon sa blessure s’étant compliquée d’une congestion pulmonaire très grave
___________________
[1] Allusion à la carte postale "clandestine" envoyée la veille.
[2] Contrordre donc par rapport à la carte postale de la veille et à la suggestion "Tu devrais venir m'y voir". Et à bon escient, puisque Jean part effectivement en permission jusqu'à la mi-juin.

mardi 30 mai 2017

Courpalay, 30 mai 1917 – Jean à sa mère

 


Source : JMO du 132ème R.I. - 30 mai 1917

lundi 29 mai 2017

29 mai 1917 – R. à S.

Source : JMO du 132ème R.I. - 29 mai 1917

dimanche 28 mai 2017

Vasseny (Aisne), 28 mai 1917 – Jean à sa mère

28/5/1917
            Maman chérie 

            Nous avons quitté hier soir le village dont je t’avais parlé avec enthousiasme sans y avoir même passé 48 heures ; on nous promène encore un peu avant le repos definitif. J’avais trouvé un lit et même des draps. Je les ai perdus, mais ça ne fait rien ; on nous promet un pays de cocagne. Hier j’ai pu avoir un petit culte avec quelques protestants du regiment. C’est plus facile maintenant que l’hiver, nous avons la campagne comme temple. Il y a là des types vraiment gentils et serieux. A midi j’ai dejeuné avec le commandant Guilhaumon qui m’avait invité. L’après-midi demenagement sous la grande
      La légende écrite par Jean au dos de la photo indique « Deconinck,
Médard, Le Gal – 1918 ».  Mais le détail précis de la description « avec
un appareil à la main » montre qu’il s’agit bien de la photo dont parle
Jean dans cette lettre, et qu’elle date donc du début de 1917, sûrement
de la fin de l’hiver étant donné les arbres encore dénudés.
chaleur. Notre popote de bataillon compte beaucoup de membres, et est très gaie. Ce bataillon a aussi perdu beaucoup d’officiers, mais il a gardé son chef de bataillon et n’est pas devenu de la poussière, comme le pauvre deuxième. Beaucoup de nouveaux compagnons que je te presenterai au fur et à mesure. Nous ne sommes pas loin de l’hopital de [Roger de] La Morinerie et du colonel Théron. Cette après midi nous esperons aller les voir en auto ou à cheval. Ma nouvelle section a l’air très bien ; mais je ne veux pas m’y attacher puisque je suis appelé à la quitter.
            Le serveur vient mettre la table. Je vide les lieux. Je t’embrasse tendrement. 

Jean 

            Ci-joint une photo amusante, prise il y a quelque temps déjà et qui te fera plaisir : Deconinck, l’off. pionnier avec un appareil à la main, Le Gall l’officier téléphoniste et moi.
Source : JMO du 132ème R.I. - 28  mai 1917
 

samedi 27 mai 2017

27 mai 1917 – Changement de cantonnements, Vasseny

Source : JMO du 132ème R.I. - 27 mai 1917
Source : collections BDIC

Sète, 27 mai 1917 – Mathilde à son fils

Cette le 27/5 1917
            Mon fils, mon fils chéri 

            La grande maison est plus silencieuse que jamais ; et rien ne vient me distraire de mes pensées toutes à toi car Na dort les deux poings fermés… C’est une longue journée de Pentecôte bien solitaire et j’aurai besoin de recevoir un message de toi que je n’ai pas eu hier… J’aurais bien cru que tante Anna viendrait s’informer de nous peut être le fera t elle ce soir !
Que fais-tu aujourd’hui. Ce repos n’est il pas enfin chose acquise ? Comme je le souhaite mon bien aimé et comme la solitude me serait légère si je le savais.
Je ne sais trop où j’irai promener ma petite ce soir, chez les Pont sans doute, car errer par la ville ne me tente guère. Le jardin manque bien parfois.
J’ai été ce matin entendre [le pasteur Jules] Brun qui recevait [?]. Son fils était du nombre des catéchumènes et je ne m’en suis doutée qu’aujourd’hui. N’est-ce pas impardonnable ? Son texte était Parle parle Seigneur ton serviteur écoute – pas mal.
            Hier j’ai trouvé sur la plage du diable Suzanne Monnier, ses enfants ; Yvonne Benoît [née Bouscaren]. Il y faisait une brise délicieuse Na a fait les frais, elle a distribué des discours à chacun. L’horizon était sillonné pas nos pauvres navires marchands il y en avait sept ou huit qui marchaient en escadre. On a pris maintenant la détermination de les faire aller par troupe et je crois que c’est mieux ainsi. La mer était si paisible, comment imaginer qu’elle cache tant de traitrise, tant de drames douloureux !
            Ma lettre a été [mot illisible] interrompu hier par le réveil de Na, intempestif. Elle appelait j’ai couru, elle tremblait sur son lit comme une feuille de tremble. Je n’ai pas ajouté d’importance et l’ai habillée pour sortir. En arrivant chez les Pont j’ai reconnu qu’elle était malade. Brûlante elle ne quittait pas mes genoux ; je l’ai néanmoins tenue au jardin. En revenant à sept heures, elle est demeurée inerte sur mes genoux et j’ai constaté 39,8 de fièvre. Tu conçois mes alarmes. J’ai fait appeler le docteur en toute hâte ; sur ces entrefaites tante Anna est enfin venue avec ses filles. J’étais très inquiète. Le docteur m’a rassurée ne constatant rien d’alarmant, un simple refroidissement sans doute. La nuit a été mauvaise mais elle joue ce matin dans la maison tout en étant exigeante pour Mourmures [?].
            J’étais si heureuse hier soir, d’avoir de tes nouvelles et des bonnes. Peut être es-tu enfin à cette heure au repos. Tu peux te dire que tu es dans les huiles grasses ! Comment as-tu été si vite connu et apprécié de tes nouveaux chefs il faut dire que le général est le même. Je suis bien heureuse de cela. C’est aussi encourageant pour toi.
            Je te laisse pour m’occuper de Na. La voici qui accourt sur mes genoux, plus rien à faire.
            Je te serre étroitement sur mon cœur.

Ta maman

 

vendredi 26 mai 2017

Jury, 26 mai 1917 – Jean à sa mère

26/5/1917
            Maman chérie 

            Nous voici installés plus loin encore du front. Nous entendons à peine le canon. Le village quoique très proche des anciennes lignes a très peu souffert et comme la plupart des villages de la region – qui devait être delicieuse en temps en temps de paix – c’est un nid de verdure et de fraicheur. Ça n’empêche pas les heures chaudes de la journée d’être chaudes car maintenant c’est carrement la chaleur. J’ai quitté ce matin la popote du colonel pour celle du 3ème bataillon où j’ai été acceuilli très amicalement. Le Cdt de Cie, de Benedetti est un corse, gentil mais assez insignifiant. Mais nous faisons popote avec tout le bataillon et c’est une popote très sympatique présidée par le commandant Jules, un vieux colonial.
            Je vais probablement me promener d’une compagnie à une autre, ce qui est un rôle pas très interessant, mais, comme je garderai probablement mon role d’officier de liaison chaque fois qu’on sera en secteur, on trouve inutile de me redonner ma section qui passerai en de nouvelles mains au moment de remonter au feu, ce qui serait une mauvaise chose. J’ai le cœur gros d’abandonner mes poilus, mais je n’ai pas insisté pour retourner à la 5ème. Le capitaine Fauveau n’y a pas reussi, et mon role y serait assez difficile. Pauvre 5ème !
            Je te quitte, Maman chérie, et t’embrasse bien affectueusement. 

J. Médard

Source : JMO du 132ème R.I. - 26 mai 1917

jeudi 25 mai 2017

25 mai 1917 – Changement de cantonnement


Source : JMO du 132ème R.I. - 25 mai 1917

mercredi 24 mai 2017

Chassemy (Aisne), 24 mai 1917 – Jean à sa mère

24/5/1917
            Maman chérie 

            Enfin nous voilà relevés, et, semble-t-il, au repos pour un bon bout de temps. Nous attendions cette relève avec impatience car le regiment est très fatigué. Cette dernière periode a bien été ce que disent les communiqués : une periode de coup de mains. Les boches ne se consolent pas d’avoir perdu le chemin des Dames et surtout de coup de mains pour en reprendre les morceaux, d’où marmitage, mitraillades, fatigues et malheureusement pertes.
            Nous avons poussé un soupir de soulagement hier quand nous nous sommes trouvés à distance raisonnable des boches. Le village où nous cantonnons très proche des anciennes premières lignes, a été passablement abimé, mais il reste encore des toits, des murs, des lits et même des civils. Il est noyé dans la verdure. En sommes sejour très reposant. Je crois que nous ne tarderons pas d’ailleurs à aller plus à l’arrière. Je suis encore auprès du colonel [Adrien Perret] et mange à sa table, mais je suis affecté temporairement au 3ème bataillon, 11ème Cie, où je vais prendre du service en attendant que ces cadres soient reformés. J’ai l’impression que je vais avoir une vie très peu stable, passer d’une Cie dans une autre, ce qui n’est pas drôle.
            Quant à ma permission, il n’en est pas question pour le moment. Très peu sont partis depuis mon retour. Si les propositions de depart sont très fortes je ne desespère pas de venir pendant le mois de Juin.
            J’ai reçu hier de Mazargues [donc de sa tante Fanny Busck] un paquet de friandises. Bonnes nouvelles de [Albert] Léo. En même temps tes lettres des 10 et 21.
            Si vous avez eu de l’eau à Cette nous en avons eu notre part dans l’Aisne, et ça ne simplifiait pas notre vie de tranchée, je t’assure.
            Je viens d’interrompre ma lettre pour aller reconnaître le patelin ou nous allons cantonner demain. Il est très bien et toujours énormément de verdure. Je te quitte pour dîner.
            Figures-toi que ce soir nous avons des invitées. Elles ne sont pas du grand monde mais pas non plus du demi-monde. Ce diner sera amusant car ces dames ont des prétentions littéraires, et, je crois, très innocent.
Très affectueusement 

J. Médard

Source : JMO du 132ème R.I. - 24 mai 1917

mardi 23 mai 2017

23 mai 1917 – La relève


Nous sommes relevés le 23 mai, transportés en camion dans un village de Brie, d’où je pars quelques jours plus tard en permission. Après chacune de ces affaires nous sommes malheureux, même bouleversés à la pensée des compagnons parfois très chers que nous avons perdus ; pourtant le sentiment qui domine dans nos cœurs égoïstes, c’est la joie de nous en être sortis, d’être toujours là, vivants. Nous ignorons totalement que parmi les troupes qui nous ont succédé il y a eu de graves mutineries et que ce printemps 17 aura été pour la France une des périodes les plus critiques de la guerre.  

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie, La guerre)


Source : JMO du 132ème R.I. - 23 mai 1917

lundi 22 mai 2017

Ferme Certeaux, 22 mai 1917 – Jean à sa mère

22/5/1917
            Maman chérie 

            Je ne t’ai pas ecrit hier ; je suis retourné à la division. Toujours le même itineraire frais et reposant.
            J’ai diné à la droite du général et le soir j’ai été raccompagné en auto presque jusqu’au P.C. du regiment. Tu vois que je suis dans les huiles grasses jusqu’au cou. Je ne crois pas que notre sejour dans ce pays malsain dure encore bien longtemps. Ce n’est pas trop tôt.
Très tendrement à toi 

Jean

Source : JMO du 132ème R.I. - 22 mai 1917

Sète, 22 mai 1917 – Mathilde à son fils

Cette le 22/5 1917
            Mon bien aimé 

            Je n’ai pas écrit à temps pour le bon courrier et j’ai tjours de la peine à apporter involontairement de l’irrégularité à ma chère correspondance avec toi. Je voudrais la rendre plus intime, plus interessante mais souvent je suis arrêtée dans tout ce que je voudrais te dire….. J’ai peur que ceci ou cela de mes sentiments ne soient pas ce que tu voudrais, une maman qui craint le jugement de son petit c’est un peu extraordinaire et il est si bon mon fils, si indulgent pr les faiblesses d’autrui.
            Je vais te dire une chose que j’ai faite cet après midi et qui m’a été très douce, c’est d’aller à la Croix Rouge voir deux soldats blessés du 132e tous deux de la 7e du 2e Bataillon Tanguède Jean et Delhommiau Constant. Brancardier ce dernier. Tanguède est très bavard et j’ai pu connaître bien des détails bien interessants mais il a été blessé le 16 deux heures après le declanchement de l’attaque. Il est de la Gironde ; l’autre plus taciturne est de la Vendée. Ils te connaissent tous deux et t’aiment beaucoup. Ils avaient été tout réjouis de t’avoir à la 7ème malheureusement disent-ils cela a été bien court.
            Je leur ai apporté quelques cigarettes et les ai invités à prendre le café dès que cela leur sera possible et je retournerai les voir Il y en a deux autres mais que je n’ai pas cherché à voir ils sont du 3ème Bataillon et ne te connaissent que fort peu. Tanguède me rappelle ton ordonnance.
            Suzie a diné hier soir chez les Herrmann[1], elle a appris là que les Eug. Leenh. [Eugène Leenhardt] étaient partis pour Constance ayant été avisés par la Croix Rouge que Robert [Leenhardt] avait été amené en Suisse. Ils sont sceptiques car quantité de ces pauvres enfants sont annoncés comme devant être évacués, puis, ne le sont pas et enfin cela denote un état de santé chez Robert bien préoccupant. N’as-tu rien su de cela par Hervé [Leenhardt] ?
            En rentrant ce soir j’ai trouvé tes deux cartes du 16 et du 17. Te voilà loin d’Hervé, cela m’ennuie beaucoup, c’était si bon de vs sentir l’un près de l’autre.
            J’ai été enfin voir Mme Frisch [Louise Cormouls, veuve Frisch] où j’ai trouvé naturellement tante Anna.
            Je serai sans doute seule avec Na pour la Pentecote. Axel écrit que Rudy est là en permission et désire voir Hugo. Je pousse Suzie à l’accompagner. Elle ne se décide pas dans la crainte de me laisser de la peine et de la solitude, mais tu sais que cela m’est bon de m’occuper de Na et puis je suis avec toi.
            Je continue ce mot ce matin avant le départ du courrier, talonnée par la cuisine dont je dois m’occuper. Je reçois un mot de Bourgade[2] me disant qu’il va régler définitivement la succession[3] mais qu’en examinant les pièces il n’y trouve pas une procuration que tu as déjà du donner. Il me prie de la lui envoyer, si non il me fera le brouillon pr te l’expédier. Tout cela amène des retards infinis.
            Je t’embrasse [mot illisible] infiniment. Que Dieu soit avec toi.

Ta mère

[1] Rappel : Suzie et Jean étaient amis d’enfance d’Alice Herrmann, la future femme de Jean. Les Herrmann avaient quitté Sète quelques années auparavant pour s’installer à Montpellier.
[2] Mathilde écrit ici Bourgade, et Bourjade dans sa lettre à venir du 16 septembre 1917. L’orthographe est donc incertaine.
[3] Il s’agit vraisemblablement de la succession de la grand-mère paternelle de Jean, Coralie Bérard, veuve de Gustave Médard. Elle était morte en 1911. Les Médard étaient de Lunel, et Gustave Médard avait été propriétaire terrien, mais avait été ruiné par des crues du Rhône.