vendredi 30 septembre 2016

Front de Somme, en première ligne, 30 septembre 1916 – Jean à sa mère (à Sète)

[Non datée. Cachet de la poste du 30 septembre 1916]

            Ça continue à aller bien. Beaucoup moins dur qu’à Verdun.
Très tendrement auprès de vous 

Jean

Front de Somme, en première ligne, 30 septembre 1916 – Jean à sa mère (à Marseille)

30-9-16
            Maman cherie, 

            Je suis toujours entier. Pas trop de fatigue et d’abruttissement. Ma pensée fervente est toujours auprès de toi.
Très tendrement

Jean

jeudi 29 septembre 2016

Front de Somme, en première ligne, 29 septembre 1916 – Jean à sa mère

29-9-16

            Maman cherie, 

            Je viens de recevoir ta lettre du 25 et la lettre de Mlle [Léo] Viguier que tu me communiques.
            Ça continue à aller. Hier la soirée a été assez dure, mais tout a bien fini pour ma section, heureusement.
            Le capitaine Baudin est blessé à la tête, pas grièvement, je crois, le capitaine Plégat – institueur à Ganges – aussi ; Combemale aussi[1]. Notre commandant [Antoine Rivals] promène sa haute taille et sa poitrine décorée dans des boyaux profonds de 40 cm, et ça lui reussit mieux que de rester ds son abri car il a failli être enterré dans ce dernier.

            Bourgaud ne nous a pas rejoint, je connais à peine son successeur.

            Je pense toujours à toi avec infiniment de tendresse et d’affection. 

Jean


[1] D’après le JMO du 132ème R.I., le capitaine Baudin a été blessé le 26 septembre, jour où fut tué le lieutenant Blaise, dont Jean repèrera la tombe voisine de celle d'Edouard Gétaz (lettre à venir du 12 novembre). Le capitaine Plégat a été blessé le 27 et le lieutenant Combemale le 28 ( jour de la mort du sous-lieutenant Bouttée, autre voisin de tombe de Gétaz).

mercredi 28 septembre 2016

28 septembre 1916 – Front de Somme, en première ligne

 

            Le 28 nous recevons l’ordre de nous étendre à notre droite. Le régiment s’organise en formation moins dense et plus échelonnée. C’est ma section qui est désignée pour prolonger le front de la compagnie et relever la compagnie voisine.
Source : Mémoire des hommes - JMO du 132ème R.I.
1er octobre 1916
        Nous nous exécutons avec mauvaise grâce car les tranchées que nous avons à occuper sont à peine creusées. Pourtant cette décision du commandement me sauve la vie. Le soir même[1], quelques heures après mon départ, un obus est tombé dans la tranchée que je venais de quitter, il a tué le capitaine Brissaud, mon commandant de compagnie et quelques hommes dont le caporal [Emile] Roulleau qui s’était installé dans la niche où je me reposais d’ordinaire. Le capitaine Brissaud était un homme taciturne, ancien capitaine au long cours, qui avait échoué je ne sais par quel hasard dans notre régiment d’infanterie. Que n’était-il resté dans la marine au lieu de venir s’exposer à nos tempêtes de fer et de feu !
Ce qui rend pourtant cette période moins dure que Verdun, malgré le chiffre élevé des pertes, c’est l’abondance et la régularité du ravitaillement. Nous ne souffrons ni de la soif, ni de la faim.
 
Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie : La guerre)



[1] La formulation laisse penser que le capitaine Brissaud (orthographié Brissot par Jean) et le caporal Roulleau ont été tués dans la soirée du 28 septembre, ce qui est inexact : leurs fiches de Morts pour la France portent la date du 1er octobre et Jean lui-même, dans sa lettre du 3 octobre à sa mère, écrit qu’ils ont été tués « avant-hier ». Les JMO de cette période mentionnent tous les jours des ordres de mouvement, mais je ne suis pas capable de repérer lequel concorde avec les indications données par Jean dans son premier paragraphe.

Front de Somme, en première ligne, 28 septembre 1916 – Jean à sa mère

28-9-16
            Maman cherie, 

 

           Je t’ecris de ma tranchée. C’est te dire que la vie y est infiniment moins dure que dans le secteur de Verdun.
            Ici ns n’avons participé à aucune action offensive, bien que nous soyons au milieu de la melée. Nous avons été 2 jours en reserve, aujourd’hui ns commençons notre 1ère journée de 1ère ligne. Le ravitaillement est possible. Nous ne souffrons plus ni de la faim ni de la soif. Tes paquets cette fois, me sont arrivés juste avant de monter et ils m’ont été extremement precieux. Tout, sans exeption, me sert.
Source : Mémorial GenWeb
          
Malheureusement ce n’est pas sans dommage que l’on occupe un secteur glorieux. J’ai perdu quelques uns de mes plus chers poilus et surtout un veritable ami, mon meilleur au 132e, [Edouard] Gétaz. Il a été tué hier par un obus.
 
 
            Tout ça m’assombrit un peu naturellement mais j’ai assez de raisons pour ne pas me laisser aller au chagrin et au decouragement.
            Hier nous avons essuyé une tentative d’attaque boche. C’est là que le poilu se révèle, lui qui est souvent si terne au cantonnement. Ils se sont montrés hier magnifiques d’enthousiasme et de resolution farouche : de vrais guerriers, oubliant leur vie pour ne plus voir que la partie à gagner.
            Si tu es encore à Marseille, et si tu crois devoir le faire avertis la mère de Gétaz, ou fais la avertir. Son fils était un beau type d’humanité, un vrai brave. Dès que je le pourrais je lui donnerai moi-même des details. Bon courage maman chérie ; attachons-nous à ce qui dure pour que l’epreuve nous trouve prêts et forts.
Très tendrement 

Jean 

            J’ai reçu hier de toi de Marseille tes lettres du 23 et 24.
            Tendresse à tous les Marseillais.

mardi 27 septembre 2016

27 septembre 1916 – Front de Somme, mort d'Edouard Gétaz

 
          Le bombardement est très violent. Je perds mon meilleur ami, l’aspirant [Edouard] Gétaz, tué d’un éclat d’obus dans la tête. Il était engagé volontaire, fils du consul de Suisse à Marseille. Ma mère, en séjour à Marseille à ce moment-là, était en relation avec la sienne et a été témoin de la douleur de ses parents perdant leur fils unique, un garçon énergique, mais aussi un artiste. Sur le carnet de croquis retrouvé dans sa cantine le dernier dessin représentait un « poilu » arrêté devant un petit tertre surmonté d’une croix de bois  avec cette devise en exergue : « A qui le tour ? » 
     
Source : varredes.com
Nos tranchées semblent avoir été creusées à travers un charnier. Ici une main sort de terre et semble vouloir nous arrêter au passage, là nous piétinons pour circuler dans la tranchée un corps recouvert de boue et presque complètement enterré dans le sol.
Nous repoussons avec succès une contre-attaque ennemie. Nous recevons non seulement des obus allemands, mais des français. En vain lançons-nous des fusées pour demander l’allongement du tir. Un jeune officier d’artillerie qui est venu se rendre compte sur place est assez mal reçu par les poilus exaspérés. « Vous voyez bien pourtant que ce n’est pas moi qui vous tire dessus puisque je suis là ». Sa batterie lui donne d’ailleurs une démonstration spectaculaire. C’est tout juste s’il n’est pas tué par sa propre unité. Une pièce déréglée et en mauvais état !
Les Allemands eux sont en train de régler le tir de leurs pièces sur ce nouveau front : un coup court, un coup long. Nous attendons avec une certaine angoisse le coup au but. Après plus de quarante ans il m’est arrivé de revivre dans mes cauchemars ces réglages de tir. 

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie : La guerre)

lundi 26 septembre 2016

26 septembre 1916 – Front de Somme, montée en première ligne

          Le lendemain [26 septembre] nous relevons le 106 en première ligne au-delà de la route Péronne-Bapaume, au sud de Bouchavesnes.

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie : La guerre)

Source : collections BDIC

dimanche 25 septembre 2016

Marseille, 25 septembre 1916 – Mathilde à son fils

Villa Svéa ce 25 7bre1916
            Mon enfant chéri 

            Par Suzie je viens d’avoir tes deux cartes du 18 et du 19 et je ne puis que dire à Notre Père mon infinie reconnaissance de te sentir si fort et si « grand » qu’il soit béni de me donner un tel fils ! J’aurais besoin de vivre à ses côtés car je ne suis pas à la hauteur. Hier, je me sentais un peu trop misérable pr t’écrire aujourd’hui. Tante Fanny va un peu mieux ; le courage s’en ressent.
            Je ne sais où te chercher ou te voir et c’est cruel mais je sais que où que tu sois Dieu y est près de toi. Lui, ton père veillent sur toi. Tu ne te sens pas seul. Ta mère ne te quitte pas un seul instant.
            Je viens de recevoir une exquise lettre de Melle [Léo] Viguier bien fortifiante aussi. Elle a eu de tes nouvelles par Henri Monnier. Comme moi elle considère le revoir avec [Albert] Léo comme un exaucement à nos prières une vraie bénédiction. Elle est toute à son labeur moi j’ai honte de moi-même et cependant, ici je me sens utile je crois. Annie [Busck épouse Houter] est à Paris. Axel [Busck] encore à Cette. Jeanne [Busck épouse Picard] fatiguée par son Hôpital. Je suis le matin seule avec ma malade.
            Tante Anna demande de tes nouvelles. Elle ne compte rentrer qu’au commencement Octobre. Elle se sent utile à sa cousine.
            Peut-être es-tu en contact avec l’ennemi aujourd’hui. Que Dieu ait pitié de moi. Mon fils je t envoie toute mon infinie tendresse. 

Ta maman 

            Et la pluie ! tu n’as pas de manteau ! N es tu pas trop mouillé.
            Dis moi dès que tu  recevras ton caoutchouc je me grille.

25 septembre 1916 – Front de Somme, arrivée en ligne

Source : Mémorial GenWeb
         Le 25 la division attaque dans le secteur de Cléry. Nous apprenons avec émotion que notre chef, le général Girodon, un homme très courageux, vient d’être tué.
Notre artillerie crache de toute part. Le sifflement des obus au-dessus de nos têtes finit par produire une musique presque harmonieuse. Le 106, qui attaque devant nous, est très éprouvé. Notre division est engagée à la charnière de l’attaque et arrive malheureusement à un moment où l’offensive commence à s’essouffler.
Dans la journée nous nous approchons des lignes. Tandis que je marche à côté du commandant Rivals un obus vient se ficher à terre à quelques mètres de nous sans éclater : « Il a rudement bien fait ! » se borne à déclarer le commandant.

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie : La guerre)


Source : Mémoire des hommes - JMO du 132ème R.I.
 

samedi 24 septembre 2016

24 septembre 1916 – Front de Somme, montée en ligne

          Le 24 au soir nous montons en ligne en remontant la vallée de la Somme[1] 
Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie : La guerre)

Source : Mémoire des hommes - JMO du 132ème R.I.

Source : Mémoire des hommes - JMO du 132ème R.I.


[1] Entre Suzanne (bois de Vaux) et Cléry : environ 11 km.

Front de Somme, bois de Vaux près de Suzanne, 24 septembre 1916 – Jean à sa sœur Suzanne Ekelund

24-9-16

            Un mot de tendresse très à la hate. Encore loin du danger, mais pas pour longtemps. Je ne sais quand je pourrai ecrire de nouveau.
Très affectueusement auprès de vous

Front de Somme, bois de Vaux près de Suzanne, 24 septembre 1916 – Jean à sa mère

24-9-16
            Maman cherie, 

            Encore en « camp de vacances » pas pour longtemps.
            J’ai reçu un paquet de tante Fanny. Remercie la de ma part. Mes protégés ont aussi reçu. Il me tarde d’avoir de ses nouvelles. Je pars sans appréhension et suis plus que jamais près de vous par le cœur.
Très tendrement 

Jean

vendredi 23 septembre 2016

Front de Somme, bois de Vaux près de Suzanne, 23 septembre 1916 – Jean à sa mère

23-9-16
            Maman cherie, 

            Encore en surete. Nous bivouaquons dans des bois. Il fait un temps superbe. Nous avons dressé  nos tentes sous lesquelles nous dormons tant que nous pouvons, et nous faisons des feux de bois sur lesquels nous preparons des mets variés.
            Je me sens un peu plus utile que d’ordinaire et ça me fait plaisir. On passe son temps à manger, à dormir, à s’installer. On a de la peine à se faire un état d’âme de guerrier. Malgrès la cannonade toute proche notre coin est reposé et reposant, et nous gardons notre mentalité de repos.
            Toujours très près de toi et très tendrement à toi. 

Jean
[De la main de Suzanne]

            Je trouve cette lettre en partant pour la ville, voir tante Jenny que je n’ai pas vu depuis Montpellier. Je ne fais donc que te la faire suivre et je donnerai une plus longue lettre pr toi à oncle Axel qui part demain.
            Je vous embrasse.
Suzanne

Front de Somme, bois de Vaux près de Suzanne, 23 septembre 1916 – Jean à sa mère

23-9-16
            Maman cherie, 

            Nous voici arrivés à la dernière étape. Heureusement le temps a changé. Un soleil radieux nous acceuille et j’en jouis beaucoup. Il faut savoir profiter de la beauté des choses, dans une region où tant de choses sont enlaidies.
            Je pense beaucoup à vous. Je viens de recevoir ta lettre du             . Terrible cette mort de Pastoureau[1] et bien inattendue.
Tendrement 

Jean

[1] André Pastoureau de Labesse (1850-1916) : mari de Lucy Leenhardt, une cousine germaine de la mère de Mathilde.

jeudi 22 septembre 2016

22 septembre 1916 – Arrivée sur le front de Somme (bois de Vaux près de Suzanne)


Le 22 nous débarquons à Suzanne et campons au bois de Vaux.  

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie : La guerre)

mercredi 21 septembre 2016

Vers le front de Somme, 21 septembre 1916 – Jean à sa mère

21-6-16
 ?
14

[Sous la date du jour, un point d’interrogation, avec 14 d'une autre encre. Visiblement, à la relecture, Jean doute de la date qu’il a notée. Mais le cachet de la poste, du 22 septembre 1916, montre que l’erreur ne porte pas sur le jour, mais sur le mois.]           

Maman cherie 

            Encore à l’arrière, pas pour longtemps. Toujours mauvais temps.
Je passe ces derniers moments de repos ds une étroite communion avec toi et tous mes bien-aimés.
C’est ça qui est plus precieux que tout, c’est ça qui compte parceque c’est éternel. C’est ce sentiment que rien ne pourrait nous separer les uns des autres ni de Dieu qui doit être notre force, maman cherie. Le devoir est beaucoup plus difficile pour toi que pour moi. Mon travail est aussi interessant que peut être celui d’un guerrier, conditions favorables, moment critique ; j’ai une section de types que j’aime bien.
Je t’embrasse, je vous embrasse tous avec une tendresse infinie.

Jean 

  
[Au revers, mot de Suzanne]

            Suis contente de pouvoir enfin de faire suivre ces lettres. Merci de ta lettre de ce matin. Je vais aller m’occuper de ton corsage. Pardon, je l’avais oublié.
            Je vous embrasse
Suzanne

            Nous allons diner ce soir chez Mr Pont. Oncle Axel [Busck] peint et se repose bien.

mardi 20 septembre 2016

Vers le front de Somme, Thennes, 20 septembre 1916 – Jean à sa mère

20-9-16
            Maman chérie, 

            Temps toujours lamentable et pas mal de vacarme autour de moi. Ciel bas, sol boueux, moulin à vent qui tend ses bras, desesperement vers le ciel.
            J’ai peur quand même qu’il ne fasse pas assez mauvais pour ne pas aller à l’exercice. Je t’assure qu’on est pas malheureux.
Je viens de recevoir ta bonne lettre du      . Je comprends que cette question d’appartement preoccupe Suzon. J’espère qu’elle se resoudra bien.
Tendresses 

Jean

lundi 19 septembre 2016

Vers le front de Somme, Thennes, 19 septembre 1916 – Jean à sa mère

19-9-16
            Maman cherie, 

            Encore une nouvelle étape. Cette fois-ci nous sommes beaucoup plus près du front. On voit les « saucisses » mais c’est à peine si l’on entend le canon. Le moral est généralement bon. Les troupes qui redescendent et que l’on interroge au passage sont très entrain.
            Enfin, on ne sait pas ce que reserve l’avenir mais l’on ça fait plaisir de prendre sa part d’une affaire qui marche. Pour ma part je suis dans de meilleures dispositions que jamais. Ce qui me chagrine c’est que la Cie n’est vraiment plus ce qu’elle était, et ce n’est pas la faute des poilus.
            Il a plu terriblement au debut de la journée. Nous avons cru un moment qu’il ns faudrait dresser ns toiles de tente sur le sol detremper et bivouaquer là. Heureusement il a fini par avoir des cantonnements, et maintenant c’est le soleil.
            Ne tremble pas trop pour moi. En tous cas ne desire pas me voir autre part. Je suis à ma place, et l’on est vraiment en paix que lorsqu’on se trouve à sa place. Il faut m’aimer assez pour vouloir que je fasse la totalité de mon devoir.
Tendrement à toi toujours 

Jean 

            Je reçois ta bonne lettre du 16 et en même temps le paquet de Suzon. Merci. 

[De la main de Suzanne]

            Je ne puis pas t’écrire je vais accompagner Rudy [Rudy Busck, son cousin germain] à la gare.
            Je vous embrasse
Suzanne
 
Source : Mémoire des hommes - JMO du 132ème R.I.
 

dimanche 18 septembre 2016

Vers le front de Somme, 18 septembre 1916 – Jean à sa mère

18-9-16
            Maman cherie, 

            Nous devions partir ce matin pour une nouvelle étape, mais il y a eu contre ordre. Bien petites étapes d’ailleurs ; depuis que ns avons debarqué et que ns  ns dirigeons lentement vers le front, c’est à peine encore si nous entendons le canon. Il pleut tant qu’il peut aujourd’hui.
            Il me tarde de savoir comment s’est effectué ton voyage avec Na.
            Limpens vient mettre la table. Il faut se quitter. Ci-joint la photo que j’avais oublié de joindre à ma lettre une dernière fois.
            J’ai reçu une bonne lettre d’Alice hier.
Tendrement à vous tous 

Jean

samedi 17 septembre 2016

Vers le front de Somme, 17 septembre 1916 – Jean à sa mère

17-9-16
            Maman cherie, 

            Te voici probablement à Cette. Je reçois ta carte de Lacaune au retour d’une course en camion auto pour exécuter des tirs au canon de 37. Ce petit canon est merveilleux de précision. Demain ns ns mettons encore en route, mais je ne crois pas que nous avalions d’un seul coup la dernière étape.
Source : collections BDIC
 
            Je t’assure qu’il n’est pas décourageant de monter au front maintenant. Presque tous les regiments qui redescendent, malgrès leurs souffrances et leurs pertes, en rapportent une impression réconfortante.
Tendrement à toi 

Jean 

[De la main de Suzanne, la lettre ayant sans doute été réexpédiée à Mazargues chez Fanny Busk.]

            Ma chère maman,

            Je suis contente de pouvoir te faire suivre cette lettre. Elle n’est arrivée que ce soir ; je craignais qu’elle ne vint pas. Je descends vite la poster pour qu’elle t’arrive demain.
            J’ai eu le plaisir d’avoir Alice [Alice Herrmann] aujourd’hui. Aussi la visite de Karine. Oncle Axel [Busck] et Rudy ne sont pas encore arrivés. Je pense que ce sera donc à 11 h de ce soir.
            Merci de ta bonne lettre et des nouvelles que tu me donnes. J’espère fermement que cela va de mieux en mieux. Je suis heureuse de te sentir utile. Restes tant que tu le seras. Evidemment j’ai à faire ces jours-ci avec la lessive, mais déjà demain ce sera mieux. Bébé est très mignonne dans sa robe bleue maintenant finie.
            Je vous embrasse très affectueusement. 

Suzanne

jeudi 15 septembre 2016

Vers le front de Somme, 15 septembre 1916 – Jean à sa mère

15-9-16
            Maman cherie, 

            Encore une toute petite etape de plus. Je crois que nous sommes ici pour quelques jours. Il fait frais ce qui est très appréciable pour les marches. C’est encore tout à fait l’arrière. On n’entend même pas le canon.
            J’ai une chambre que je partage avec Deconinck. Ci-joint une photo de lui et une autre prise lors de notre dernier embarquement en chemin de fer. De gauche à droite : [Roger de] La Morinerie, Porthault et moi.
            Je viens de recevoir ton mot du 12. Ne sois pas peinée que nous allions où nous allons. Décement un regiment d’active qui se respecte doit aller par là. Ça devient interessant. Les troupes qui en reviennent ont l’air assez encouragées. Jamais elle ne se sont battues ds d’aussi bonnes conditions. Aussi je pars avec courage. Je commence à bien connaître et à bien aimer ma section. Puis les quelques jours passés avec [Albert] Léo m’ont rendu tout travail plus facile.
            Ce mot te trouvera à Cette. J’espère que le voyage avec Na ne sera pas trop difficile.
            Reçu un mot d’Annie [Annie Busck épouse Houter] avec de l’argent que tte Fanny envoie à mes protegés.
            Bonnes nouvelles de [Daniel] Loux, Mlle [Léo] Viguier, [René] Cera, etc.
Tendrement 

Jean

mercredi 14 septembre 2016

Vers le front de Somme, 14 septembre 1916 – Jean à sa mère

14-9-16
            Maman cherie, 
Source : Mémoire des hommes - JMO du 132ème R.I.

            Une étape de plus, qui ne nous rapproche presque pas du front, mais qui me separe de [Albert] Léo.
            Hier soir, comme tous les soirs j’étais allé diner et passer la soirée avec lui et en rentrant j’ai appris que nous partions le lendemain matin à 5 heures. J’ai ressauté sur mon vélo pour lui dire adieu. Je l’ai trouvé tout endormi, et je ne sais pas si à l’heure qu’il est il a encore compris.
            Ce revoir me laisse plein de force et de joie. C’est « l’homme que je donne » et il m’a fait cette impression cette fois plus que jamais. Il semble que l’idée de son propre intérêt ne l’effleure jamais.
Source :
Pages de gloire du 68ème régiment de chasseurs alpins (page 142)
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6234134w
            Il ne se sentait pas utile comme aumonier, il s’est fait infirmier. Il ne s’est pas senti assez utile ds la Somme comme infirmier regimentaire ; il veut se faire brancardier de compagnie, le role le plus humble et le plus dangereux qui soit, mais aussi le + grand.
            Tout ça il le fait avec la plus grande simplicité. Non par exhaltation, par besoin de rechercher la souffrance et le danger, mais par amour. Il ne s’agit pas de savoir ce qui lui plait, mais ce qui est le plus utile aux autres. C’est d’ailleurs justement ce qui lui plait.
            Et cette grandeur morale toujours sous les apparences de la gaité et même de la gaminerie. C’est epatant.
            Et c’est ce type là que j’ai eu à coté de moi pendant plusieurs jours, et ns avons pu parler de tout, de notre vie depuis le dernier revoir, de la guerre, de nos devoirs, de notre vocation, de nos amis.
            Je ne rapporte de tout ça qu’une impression d’harmonie et de lumière, et même la separation n’est pas amère parceque nous ns sentons très près l’un de l’autre et que notre amour est plus fort que tout ce qui peut nous separer.
            Avec tout ça, je ne t’accuse même pas reception de tes lettres. Je souffre pourtant de te sentir maintenant  isolée. Heureusement que Na est là. Je vous embrasse toutes les deux, mes chéries, comme je vous aime. 

Jean

14 au 22 Septembre 1916 – Vers le front de Somme

La Somme. Du 14 au 22 [septembre] nous nous rapprochons du front par étapes. 

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie : La guerre)