mardi 7 juin 2016

Chalons-sur-Marne, 7 juin 1916 – Jean à sa mère

7-6-16
            Maman cherie 

            Je viens de passer avec oncle Georges une vraiment bonne journée. Je suis parti de mon village assez tôt pour le ceuillir ici à la sortie de son train. Dody Mourgue, médecin auxiliaire dans le même G.B.C., l’accompagnait.
            Nous avons passé quelques trop courtes heures à parler des absents et un peu de nous-même.  Il comprend parfaitement que tu aies eu le cafard à Saverdun et trouve tout naturel que tu sois retournée à Cette. Il a été très affectueux et attentionné, m’a payé une pipe neuve, des cigares, m’a bourré de gateaux et m’a payé un bon repas à la Haute Mère Dieu. C’est toujours le même type plein de cœur et un peu gosse.
            Nous avons commencé la journée par un bain puis nous avons couru les magasins. Il s’était chargé de 1000 commissions pour son chanoine, son rabbin, son pharmacien, etc. Nous avons rencontré dans la rue Mr Keller, gendre de Mr Schloesing, capitaine d’arti. et plus loin Jean Lauga, aumonier d’un corps voisin. Je le connaissais déjà pour l’avoir vu dans des congrès. Oncle Georges est un peu outré de le voir dans un costume tout ce qu’il y a de plus « bleu horizon » equipé, couvert de croix, de galons de de brisques[1]. C’est évidement un peu ridicule et ça doit nuire un peu à son ministère. Mais je sais que c’est au fond un type epatant et très devoué. Après le diner un ss-lieut. d’arti, Toulousain, très sympatique, paroissien de fortune d’oncle Georges est venu nous trouver.
            Mourgue est toujours le même garçon à l’air jeunet. Ma permisson étant de 24 h, je vais pouvoir coucher ici ce soir et passer une nuit ds un lit ce qui ne m’est plus arrivé depuis longtemps.
            En attendant je vais faire mes emplettes.
            Oncle Georges parti il me semble que je viens de rever ; ces heures où l’on est entouré d’affection passent bien rapidement.
            Je pense à vous tous et vous embrasse tendrement. 

Jean  



[1] Galons, chevrons.