mercredi 30 mars 2016

Marseille, 30 mars 1916 – Mathilde à son fils

Villa Svéa le 30 Mars 1916
            Mon enfant chéri, 

            J’ai à l’instant ta carte du 24 venue de Cette, je n’ai plus rien reçu directement [mot illisible] à Marseille. Tu es sur le point de quitter ce séjour ou tu as eu un peu de repos d esprit, un calme relatif, la sécurité et me voilà replongée dans les transes et les soucis.
            Ici la vie est fort agitée et ns regrettons avec Suzie notre vie paisible et calme et reposante du vrai home. Elle me faisait la réflexion que l’intimité du home manque ici totalement. On s’installe difficilement. Il ne fait pas très beau et on ne peut vivre au jardin. Petite recrudescence de froid.
            Na vit en souveraine ; elle a une cour autour d’elle qui la regarde vivre, dormir, teter et prendre ses bains. Son petit corps tout potelé est adorable et ses yeux noirs si vifs font époque.
            Je me demande si je pourrais être longtemps ici. La maison est pleine, on sent qu’on dérange plutôt ; Axel [Busck] a du monter au second. Eliane [Houter, la petite-fille, âgée de 10 ans, d’Axel et de Fanny Busck] couche sur un matelas par terre tout cela est ennuyeux pour nous.
            Je suis fort ennuyée que tu n’aies pas de lit. J’aurais tant aimé que tu puisses te délaisser aisément. Mon pauvre cher enfant.
            Je viens de voir Mme Gerbal, son fils est aussi en Champagne, mais je ne sais plus ou ? Je me hâte pour que partent ses lignes. Tendresse de tous et de ta mère toute son affection. 

Math P Médard