lundi 15 février 2016

Sète, 15 février 1916 – Mathilde à son fils

Cette le 15 Février 1916 

            Il est six heures et j’arrive seulement chez Suzie pr y passer la nuit et m’y installer pendant que Hugo est à Paris ; il ne sera là que Jeudi ou Vendredi. Suzie voudrait que je m’installe tout à fait, je ne sais encore si je le ferai.
            La journée s’est écoulée au home entre Alice et Eugénie jusqu’à 3 heures. Cette dernière est une bonne et excellente fille toute de devoûment. Elle me sent triste et elle témoigne tout ce qu’elle peut. Si toutes les femmes françaises donnaient d’elles mêmes autant qu’elle le fait il se ferait de grandes choses ; il faut compter qu elle donne plus qu une autre puisque elle donne de sa journée à la patrie. Alice est partie aussi à trois heures pour Montagnac afin d’essayer d entourer sa belle sœur qui voit son fils Maurice bien malade et à nous trois  nous avons parlé de qui ? du Jeanot chéri qui continue à aller de l’avant et qui est peut être déjà bien las et près du but. Je n’ai rien eu de toi aujourd’hui je m’en étonne car tu as du pourtant écrire un mot avant le  départ. Ce sera pour demain matin je l’espère et j’irai de bonne heure à la maison chercher cette chère missive.
            Tante Anna a fait une apparition. C’est tout-à-fait la tante Anna d’autrefois, et j’en bénis Dieu.
            Je t’ai dit n’est ce pas qu à son retour de Montagnac Alice reprendra ici ses fourneaux, j’en suis heureuse pour moi et surtout pour elle qui ne comprenait pas du tout les choses et qui se mettait déjà un peu de travers. Elle ne cesse pourtant de se louer de Suzie qui a tous les égards. Hugo n’est pas tenu aux mêmes choses mais il est de cet avis parait il. J’étais préoccuppée de l idée de renvoyer Alice momentanément avec le chagrin qu’elle a à ton sujet. Dieu a applani les choses une fois de plus et j’espère que ce sera ainsi.
            Mon bien aimé ne soit pas avare de détails ; tu sais que je ne vis que de toi et que rien ne peut être bien en dehors ce toi si ce  n’est pas ta bonne petite sœur et sa chérie. Celle-ci est en bonne passe : elle se remonte et devient à nouveau un cher petit trésor bien interessant.
            La nuit descend. C’est ton second jour de voyage. Oh ! que j’aimerais te voir un seul petit instant, l’aurai je ? Je ne serais probablement pas satisfaite. Mais les douze jours où tu as attendu ce départ. N’est ce pas bien mal arrangé que je n’en ai rien eu ?
            Tante Fanny demande ton adresse pour t’envoyer de l argent. Dès que tu le pourrais, fais le. Je la lui donnerai et que ces lignes t’apportent une fois de plus ma tendresse immense quelque chose de mon cœur qui ne vit que pour toi. 

Ta mère affectionnée
Math P Médard 

            J’ai écrit hier au depot, je te raconte ma journée à Lunel bien triste. J’adresse encore ces lignes au depot. Le jour de ta fête arrive, pauvre enfant bien aimé. Je ne puis t’envoyer le moindre gâteau. Je puis penser et prier. Que Dieu te bénisse. Je vais transmettre de tes nouvelles à Alice.
            Melle Viguier est bien gentille et je l’aime bien de t’entourer ainsi.