dimanche 28 mai 2017

Vasseny (Aisne), 28 mai 1917 – Jean à sa mère

28/5/1917
            Maman chérie 

            Nous avons quitté hier soir le village dont je t’avais parlé avec enthousiasme sans y avoir même passé 48 heures ; on nous promène encore un peu avant le repos definitif. J’avais trouvé un lit et même des draps. Je les ai perdus, mais ça ne fait rien ; on nous promet un pays de cocagne. Hier j’ai pu avoir un petit culte avec quelques protestants du regiment. C’est plus facile maintenant que l’hiver, nous avons la campagne comme temple. Il y a là des types vraiment gentils et serieux. A midi j’ai dejeuné avec le commandant Guilhaumon qui m’avait invité. L’après-midi demenagement sous la grande
      La légende écrite par Jean au dos de la photo indique « Deconinck,
Médard, Le Gal – 1918 ».  Mais le détail précis de la description « avec
un appareil à la main » montre qu’il s’agit bien de la photo dont parle
Jean dans cette lettre, et qu’elle date donc du début de 1917, sûrement
de la fin de l’hiver étant donné les arbres encore dénudés.
chaleur. Notre popote de bataillon compte beaucoup de membres, et est très gaie. Ce bataillon a aussi perdu beaucoup d’officiers, mais il a gardé son chef de bataillon et n’est pas devenu de la poussière, comme le pauvre deuxième. Beaucoup de nouveaux compagnons que je te presenterai au fur et à mesure. Nous ne sommes pas loin de l’hopital de [Roger de] La Morinerie et du colonel Théron. Cette après midi nous esperons aller les voir en auto ou à cheval. Ma nouvelle section a l’air très bien ; mais je ne veux pas m’y attacher puisque je suis appelé à la quitter.
            Le serveur vient mettre la table. Je vide les lieux. Je t’embrasse tendrement. 

Jean 

            Ci-joint une photo amusante, prise il y a quelque temps déjà et qui te fera plaisir : Deconinck, l’off. pionnier avec un appareil à la main, Le Gall l’officier téléphoniste et moi.
Source : JMO du 132ème R.I. - 28  mai 1917
 

samedi 27 mai 2017

27 mai 1917 – Changement de cantonnements, Vasseny

Source : JMO du 132ème R.I. - 27 mai 1917
Source : collections BDIC

Sète, 27 mai 1917 – Mathilde à son fils

Cette le 27/5 1917
            Mon fils, mon fils chéri 

            La grande maison est plus silencieuse que jamais ; et rien ne vient me distraire de mes pensées toutes à toi car Na dort les deux poings fermés… C’est une longue journée de Pentecôte bien solitaire et j’aurai besoin de recevoir un message de toi que je n’ai pas eu hier… J’aurais bien cru que tante Anna viendrait s’informer de nous peut être le fera t elle ce soir !
Que fais-tu aujourd’hui. Ce repos n’est il pas enfin chose acquise ? Comme je le souhaite mon bien aimé et comme la solitude me serait légère si je le savais.
Je ne sais trop où j’irai promener ma petite ce soir, chez les Pont sans doute, car errer par la ville ne me tente guère. Le jardin manque bien parfois.
J’ai été ce matin entendre [le pasteur Jules] Brun qui recevait [?]. Son fils était du nombre des catéchumènes et je ne m’en suis doutée qu’aujourd’hui. N’est-ce pas impardonnable ? Son texte était Parle parle Seigneur ton serviteur écoute – pas mal.
            Hier j’ai trouvé sur la plage du diable Suzanne Monnier, ses enfants ; Yvonne Benoît [née Bouscaren]. Il y faisait une brise délicieuse Na a fait les frais, elle a distribué des discours à chacun. L’horizon était sillonné pas nos pauvres navires marchands il y en avait sept ou huit qui marchaient en escadre. On a pris maintenant la détermination de les faire aller par troupe et je crois que c’est mieux ainsi. La mer était si paisible, comment imaginer qu’elle cache tant de traitrise, tant de drames douloureux !
            Ma lettre a été [mot illisible] interrompu hier par le réveil de Na, intempestif. Elle appelait j’ai couru, elle tremblait sur son lit comme une feuille de tremble. Je n’ai pas ajouté d’importance et l’ai habillée pour sortir. En arrivant chez les Pont j’ai reconnu qu’elle était malade. Brûlante elle ne quittait pas mes genoux ; je l’ai néanmoins tenue au jardin. En revenant à sept heures, elle est demeurée inerte sur mes genoux et j’ai constaté 39,8 de fièvre. Tu conçois mes alarmes. J’ai fait appeler le docteur en toute hâte ; sur ces entrefaites tante Anna est enfin venue avec ses filles. J’étais très inquiète. Le docteur m’a rassurée ne constatant rien d’alarmant, un simple refroidissement sans doute. La nuit a été mauvaise mais elle joue ce matin dans la maison tout en étant exigeante pour Mourmures [?].
            J’étais si heureuse hier soir, d’avoir de tes nouvelles et des bonnes. Peut être es-tu enfin à cette heure au repos. Tu peux te dire que tu es dans les huiles grasses ! Comment as-tu été si vite connu et apprécié de tes nouveaux chefs il faut dire que le général est le même. Je suis bien heureuse de cela. C’est aussi encourageant pour toi.
            Je te laisse pour m’occuper de Na. La voici qui accourt sur mes genoux, plus rien à faire.
            Je te serre étroitement sur mon cœur.

Ta maman

 

vendredi 26 mai 2017

Jury, 26 mai 1917 – Jean à sa mère

26/5/1917
            Maman chérie 

            Nous voici installés plus loin encore du front. Nous entendons à peine le canon. Le village quoique très proche des anciennes lignes a très peu souffert et comme la plupart des villages de la region – qui devait être delicieuse en temps en temps de paix – c’est un nid de verdure et de fraicheur. Ça n’empêche pas les heures chaudes de la journée d’être chaudes car maintenant c’est carrement la chaleur. J’ai quitté ce matin la popote du colonel pour celle du 3ème bataillon où j’ai été acceuilli très amicalement. Le Cdt de Cie, de Benedetti est un corse, gentil mais assez insignifiant. Mais nous faisons popote avec tout le bataillon et c’est une popote très sympatique présidée par le commandant Jules, un vieux colonial.
            Je vais probablement me promener d’une compagnie à une autre, ce qui est un rôle pas très interessant, mais, comme je garderai probablement mon role d’officier de liaison chaque fois qu’on sera en secteur, on trouve inutile de me redonner ma section qui passerai en de nouvelles mains au moment de remonter au feu, ce qui serait une mauvaise chose. J’ai le cœur gros d’abandonner mes poilus, mais je n’ai pas insisté pour retourner à la 5ème. Le capitaine Fauveau n’y a pas reussi, et mon role y serait assez difficile. Pauvre 5ème !
            Je te quitte, Maman chérie, et t’embrasse bien affectueusement. 

J. Médard

Source : JMO du 132ème R.I. - 26 mai 1917

jeudi 25 mai 2017

25 mai 1917 – Changement de cantonnement


Source : JMO du 132ème R.I. - 25 mai 1917

mercredi 24 mai 2017

Chassemy (Aisne), 24 mai 1917 – Jean à sa mère

24/5/1917
            Maman chérie 

            Enfin nous voilà relevés, et, semble-t-il, au repos pour un bon bout de temps. Nous attendions cette relève avec impatience car le regiment est très fatigué. Cette dernière periode a bien été ce que disent les communiqués : une periode de coup de mains. Les boches ne se consolent pas d’avoir perdu le chemin des Dames et surtout de coup de mains pour en reprendre les morceaux, d’où marmitage, mitraillades, fatigues et malheureusement pertes.
            Nous avons poussé un soupir de soulagement hier quand nous nous sommes trouvés à distance raisonnable des boches. Le village où nous cantonnons très proche des anciennes premières lignes, a été passablement abimé, mais il reste encore des toits, des murs, des lits et même des civils. Il est noyé dans la verdure. En sommes sejour très reposant. Je crois que nous ne tarderons pas d’ailleurs à aller plus à l’arrière. Je suis encore auprès du colonel [Adrien Perret] et mange à sa table, mais je suis affecté temporairement au 3ème bataillon, 11ème Cie, où je vais prendre du service en attendant que ces cadres soient reformés. J’ai l’impression que je vais avoir une vie très peu stable, passer d’une Cie dans une autre, ce qui n’est pas drôle.
            Quant à ma permission, il n’en est pas question pour le moment. Très peu sont partis depuis mon retour. Si les propositions de depart sont très fortes je ne desespère pas de venir pendant le mois de Juin.
            J’ai reçu hier de Mazargues [donc de sa tante Fanny Busck] un paquet de friandises. Bonnes nouvelles de [Albert] Léo. En même temps tes lettres des 10 et 21.
            Si vous avez eu de l’eau à Cette nous en avons eu notre part dans l’Aisne, et ça ne simplifiait pas notre vie de tranchée, je t’assure.
            Je viens d’interrompre ma lettre pour aller reconnaître le patelin ou nous allons cantonner demain. Il est très bien et toujours énormément de verdure. Je te quitte pour dîner.
            Figures-toi que ce soir nous avons des invitées. Elles ne sont pas du grand monde mais pas non plus du demi-monde. Ce diner sera amusant car ces dames ont des prétentions littéraires, et, je crois, très innocent.
Très affectueusement 

J. Médard

Source : JMO du 132ème R.I. - 24 mai 1917

mardi 23 mai 2017

23 mai 1917 – La relève


Nous sommes relevés le 23 mai, transportés en camion dans un village de Brie, d’où je pars quelques jours plus tard en permission. Après chacune de ces affaires nous sommes malheureux, même bouleversés à la pensée des compagnons parfois très chers que nous avons perdus ; pourtant le sentiment qui domine dans nos cœurs égoïstes, c’est la joie de nous en être sortis, d’être toujours là, vivants. Nous ignorons totalement que parmi les troupes qui nous ont succédé il y a eu de graves mutineries et que ce printemps 17 aura été pour la France une des périodes les plus critiques de la guerre.  

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie, La guerre)


Source : JMO du 132ème R.I. - 23 mai 1917

lundi 22 mai 2017

Ferme Certeaux, 22 mai 1917 – Jean à sa mère

22/5/1917
            Maman chérie 

            Je ne t’ai pas ecrit hier ; je suis retourné à la division. Toujours le même itineraire frais et reposant.
            J’ai diné à la droite du général et le soir j’ai été raccompagné en auto presque jusqu’au P.C. du regiment. Tu vois que je suis dans les huiles grasses jusqu’au cou. Je ne crois pas que notre sejour dans ce pays malsain dure encore bien longtemps. Ce n’est pas trop tôt.
Très tendrement à toi 

Jean

Source : JMO du 132ème R.I. - 22 mai 1917

Sète, 22 mai 1917 – Mathilde à son fils

Cette le 22/5 1917
            Mon bien aimé 

            Je n’ai pas écrit à temps pour le bon courrier et j’ai tjours de la peine à apporter involontairement de l’irrégularité à ma chère correspondance avec toi. Je voudrais la rendre plus intime, plus interessante mais souvent je suis arrêtée dans tout ce que je voudrais te dire….. J’ai peur que ceci ou cela de mes sentiments ne soient pas ce que tu voudrais, une maman qui craint le jugement de son petit c’est un peu extraordinaire et il est si bon mon fils, si indulgent pr les faiblesses d’autrui.
            Je vais te dire une chose que j’ai faite cet après midi et qui m’a été très douce, c’est d’aller à la Croix Rouge voir deux soldats blessés du 132e tous deux de la 7e du 2e Bataillon Tanguède Jean et Delhommiau Constant. Brancardier ce dernier. Tanguède est très bavard et j’ai pu connaître bien des détails bien interessants mais il a été blessé le 16 deux heures après le declanchement de l’attaque. Il est de la Gironde ; l’autre plus taciturne est de la Vendée. Ils te connaissent tous deux et t’aiment beaucoup. Ils avaient été tout réjouis de t’avoir à la 7ème malheureusement disent-ils cela a été bien court.
            Je leur ai apporté quelques cigarettes et les ai invités à prendre le café dès que cela leur sera possible et je retournerai les voir Il y en a deux autres mais que je n’ai pas cherché à voir ils sont du 3ème Bataillon et ne te connaissent que fort peu. Tanguède me rappelle ton ordonnance.
            Suzie a diné hier soir chez les Herrmann[1], elle a appris là que les Eug. Leenh. [Eugène Leenhardt] étaient partis pour Constance ayant été avisés par la Croix Rouge que Robert [Leenhardt] avait été amené en Suisse. Ils sont sceptiques car quantité de ces pauvres enfants sont annoncés comme devant être évacués, puis, ne le sont pas et enfin cela denote un état de santé chez Robert bien préoccupant. N’as-tu rien su de cela par Hervé [Leenhardt] ?
            En rentrant ce soir j’ai trouvé tes deux cartes du 16 et du 17. Te voilà loin d’Hervé, cela m’ennuie beaucoup, c’était si bon de vs sentir l’un près de l’autre.
            J’ai été enfin voir Mme Frisch [Louise Cormouls, veuve Frisch] où j’ai trouvé naturellement tante Anna.
            Je serai sans doute seule avec Na pour la Pentecote. Axel écrit que Rudy est là en permission et désire voir Hugo. Je pousse Suzie à l’accompagner. Elle ne se décide pas dans la crainte de me laisser de la peine et de la solitude, mais tu sais que cela m’est bon de m’occuper de Na et puis je suis avec toi.
            Je continue ce mot ce matin avant le départ du courrier, talonnée par la cuisine dont je dois m’occuper. Je reçois un mot de Bourgade[2] me disant qu’il va régler définitivement la succession[3] mais qu’en examinant les pièces il n’y trouve pas une procuration que tu as déjà du donner. Il me prie de la lui envoyer, si non il me fera le brouillon pr te l’expédier. Tout cela amène des retards infinis.
            Je t’embrasse [mot illisible] infiniment. Que Dieu soit avec toi.

Ta mère

[1] Rappel : Suzie et Jean étaient amis d’enfance d’Alice Herrmann, la future femme de Jean. Les Herrmann avaient quitté Sète quelques années auparavant pour s’installer à Montpellier.
[2] Mathilde écrit ici Bourgade, et Bourjade dans sa lettre à venir du 16 septembre 1917. L’orthographe est donc incertaine.
[3] Il s’agit vraisemblablement de la succession de la grand-mère paternelle de Jean, Coralie Bérard, veuve de Gustave Médard. Elle était morte en 1911. Les Médard étaient de Lunel, et Gustave Médard avait été propriétaire terrien, mais avait été ruiné par des crues du Rhône.

dimanche 21 mai 2017

21 mai 1917 – R. à S.

Source : JMO du 132ème R.I. -21 mai 117